L’échelle de Jacob ***

L'échelle de Jacob

« L’échelle de Jacob » de Ludmila Oulitskaïa est une saga familiale sur cinq générations, qui couvre tout le XXème siècle, dans une Russie en proie aux soubresauts de l’Histoire. Difficile de résumer ce roman dense, ambitieux, qui aborde de multiples sujets avec érudition et sensibilité…Sur l’échelle de Jacob on ira d’un Jacob né en 1890 à un autre Jacob né en 2011, et la boucle familiale sera bouclée…

L’histoire

Malgré le foisonnement de personnages, le roman est resserré autour de l’histoire de Jacob Ossetski, le grand-père, entrecroisée avec celle de Nora, sa petite-fille, soixante ans plus tard. Jacob est un intellectuel, foncièrement optimiste, passionné de musique, fou amoureux de sa femme Maroussia ; on le découvre principalement au travers de ses lettres, envoyées pendant plus de vingt ans de ‘relégation’, d’enfermement dans des camps, loin, bien loin de Moscou. Quant à Nora, elle s’épanouit dans la création théâtrale, en étroite symbiose artistique avec son amant épisodique Tenguiz ; dans les années 90, elle choisit de faire émigrer son fils Yourik aux Etats-Unis, où il retrouve son père, Vitia.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

La genèse de ce livre est particulièrement touchante, puisqu’il est basé sur des lettres et documents laissés par les grands-parents de l’auteur. Or les lettres de Jacob, pendant ses années de détention, sont absolument bouleversantes : dans des conditions matérielles sordides, il garde toujours un état d’esprit positif, l’espoir, la curiosité intellectuelle. Chaque nouvelle lettre est un chant d’amour à sa femme. Il est émouvant de constater la transmission des valeurs et des passions dans cette famille : l’amour de la musique, l’intérêt pour la culture, la littérature, la création sont des constantes, qui leur permettent de passer à travers les innombrables tourments de leur époque. Alors que les hommes meurent, partent, disparaissent, les femmes restent et s’adaptent. Le personnage de Nora est particulièrement attachant, elle incarne une femme libre, passionnée, qui se crée un modèle de vie singulier, sans pour autant nier ses responsabilités.

Poursuivre la déambulation

Née en 1943, Ludmila Oulitskaïa a obtenu le prix Médicis étranger en 1996 avec son premier roman, ‘Sonietchka’. Elle est aujourd’hui reconnue comme une auteure russe majeure, et a d’ailleurs été une invitée remarquée des éditions Gallimard, lors du dernier Salon du Livre Paris. Si vous avez quelques réticences à vous attaquer aux 600 et quelques pages de ‘L’échelle de Jacob’, vous pouvez retrouver son univers dans ‘Un si bel amour (et autres nouvelles)’, ou encore ‘Mensonges de femmes’ (curieux roman à épisodes) – deux de ses livres que j’ai beaucoup appréciés.

Extrait

« L’important, c’est de ne pas cesser de se respecter soi-même. Ca, c’est toi qui me l’a appris, c’est ce que je vais t’enseigner, et c’est la loi fondamentale de notre bonheur. Le destin nous a fait cadeau d’un bonheur exceptionnel. Nous aimer et en même temps, avoir de l’estime l’un pour l’autre, c’est, reconnais-le, une combinaison très rare et très heureuse. »

« Marounia, un mariage ne repose pas sur des timbres-poste ! Viens. Si j’insiste tellement pour que tu viennes, ce n’est pas seulement parce que ma femme bien-aimée, mon amie, me manque. Toute vie a un sol sur lequel elle repose, sur lequel elle pousse, dont elle se nourrit. Tu es mon sol, mon terreau. »

« Les fenêtres du vieil immeuble du boulevard Nikitski donnaient sur l’agence de Lisa. Un peu en diagonale. La famille de Yourik habitait là depuis quatre générations, depuis plus de cent ans…Cet appartement avait connu le vieux maître de choeur aveugle, sa malheureuse femme, le mariage raté de grand-mère Amalya et de grand-père Heinrich, les amours heureuses d’Amalya et d’Andreï Ivanovitch, Vitassia avec son cahier de littérature russe, Nora et Tenguiz, qui s’étaient affrontés toute leur vie en un duel amoureux. Et l’appartement les accueillit avec bienveillance. Ils étaient bien ici, aucun fantôme ne les dérangeait… »

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