Berlin Alexanderplatz***

Berlin Alex

Et voici que je m’attaque à un monument de la littérature germanique, le fameux « Berlin Alexanderplatz » d’Alfred Döblin. Afin de vous donner envie de vous (re)plonger corps et âme dans ce roman-fleuve, paru en 1929, voici les titres de quelques chapitres, qui je l’espère, éveilleront votre curiosité : ‘ Parachèvement de l’histoire de manière inattendue et l’ancien forçat s’en trouve ragaillardi’, ‘Dimensions de ce Franz Biberkopf. Il peut en remontrer aux héros de l’Antiquité’, ‘Retrait de la putain maléfique, triomphe du grand sacrificateur, tambourineur et exécuteur’…

L’histoire

A sa sortie de prison, Franz Biberkopf est bien décidé à mener une vie honnête. Mais on est à Berlin à la fin des années 20, et notre homme a beau s’essayer à divers petits métiers, il fait des mauvaises rencontres. L’ambigu Reinhold, après lui avoir refourgué ses petites amies, l’entraîne dans un sale coup. Franz y perd un bras, et par la même occasion, ses illusions.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher!

Pourquoi le lire

L’histoire de Franz Biberkopf est le fil rouge qui nous entraîne dans les bas-fonds de Berlin, à la rencontre d’une foule de ‘petites gens’, qui tous magouillent plus ou moins pour survivre, et oublient leur quotidien miteux à grandes lampées de schnaps. Les femmes sont à peu près toutes des prostituées, parmi elles on se souviendra d’Eva et de Mieze, qui sont aussi à leur manière de grandes amoureuses. C’est donc la peinture d’une humanité misérable, moins intéressée par la politique que préoccupée d’assurer ses arrières. La grande force du livre est évidemment son style très particulier, fait d’argot, de poésie, de références bibliques et mythologiques, d’adresses au lecteur, de monologues intérieurs – et si l’on regrette vraiment de ne pouvoir le lire en version originale, on saisit aussi le défi que peut représenter un tel ouvrage pour un traducteur. Ne vous laissez pas décourager par les (deux cents) premières pages, il faut du temps et de la ténacité pour entrer dans cet univers. Il y a tout au début une description incroyablement réaliste de la mise à mort des animaux dans un abattoir, comme une vision prémonitoire de ce qui attend Franz Biberkopf, un anti-héros pour lequel j’ai finalement ressenti beaucoup d’empathie.

Poursuivre la déambulation

En finissant ce livre, je me suis ruée sur ‘L’opéra de quat’ sous’ de Brecht, qui a été écrit à la même époque, et même si l’action se déroule à Londres, on retrouve un évident cousinage entre Mackie-le-Surineur et certains personnages de Berlin Alexanderplatz.
Les multiples digressions et la diversité des styles m’ont aussi rappelé les heures de décryptage du cultissime ‘Ulysse’ de Joyce, que j’ai finalement à ma très grande honte abandonné en cours de route (fait rarissime, tellement regrettable, mais aussi réversible : il suffirait de m’y remettre, maintenant que j’ai gravi l’Alex !).
Et puis je ne peux terminer cette chronique sans évoquer la série éponyme en 14 épisodes réalisée par Fassbinder et diffusée pour la première fois en 1980. Les chanceux ont pu revoir cette œuvre dans son intégralité récemment, à l’occasion d’une rétrospective Fassbinder qui est en-cours à La Cinémathèque Française, jusqu’à mi-mai.

Extrait

« Et tout est comme au commencement. Il est limpide toutefois que ce n’est pas le vieux cobra. Notre vieux Franz Biberkopf, on le voit bien, n’est plus. La première fois son ami Lüders le trompa, et il en resta comme deux ronds de flan. La deuxième fois il dut faire le guet, mais il ne voulut pas, aussi Reinhold le jeta sous l’auto et il fut écrasé propre et net. Maintenant c’est assez pour Franz, ce serait assez pour le commun des mortels. Il n’entre pas au monastère, il ne se fout pas en l’air, il part sur le sentier de la guerre, il ne sera pas seulement maquereau et criminel, maintenant le mot d’ordre : plus que jamais. »

« Mais que fait donc notre Franz ? Lui ? Eh bien, que voulez-vous qu’il fasse ? Traîne à droite à gauche, et il vous est le calme et le flegme personnifiés. Avec ce gars-là vous pouvez faire ce que vous voulez, il retombera toujours sur ses pattes. Y a des gens comme ça, pas beaucoup il est vrai, mais y en a. »

« Et je me détournai et je vis toute l’injustice qui se fait sous le soleil, et voyez : c’étaient les larmes de ceux qui souffraient l’injustice et n’avaient point de consolateur, et ceux qui les oppressaient, ils étaient bien trop puissants. Aussi je louai les trépassés, ceux qui sont déjà morts.
Je louai les trépassés. Toute chose a son heure, coudre et déchirer, conserver et jeter. Je louai les trépassés qui gisent sous les arbres, les morts qui dorment. »

3 réflexions sur “Berlin Alexanderplatz***

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s