Celui qui comptait être heureux longtemps **

Celui qui comptait

« Celui qui comptait être heureux longtemps » d’Irina Teodorescu chez Gaïa est un texte émouvant et poétique, porté par une langue singulière, et qui aborde un thème universel : comment grandir et survivre sous un régime autoritaire, et jusqu’à quel point accepte-t-on de coopérer, pour arriver à ses fins ?

L’histoire

Bo est né le même jour que la Nouvelle Société. Il grandit dans un pays totalitaire, mais ses dons pour les maths et la recherche lui valent un statut privilégié, à tel point qu’il pense pouvoir imposer ses vues au pouvoir en place. Après une ‘aventure’ avec la troublante Irenn, il finit par se marier à Di. Ensemble ils ont un fils qu’il adore. Lorsque celui-ci tombe gravement malade, ils se battent pour le sauver, avec l’énergie du désespoir.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de…divulgâcher !

Pourquoi le lire

Il s’avère souvent intéressant de découvrir le style d’auteurs qui écrivent en français, mais dont le français n’est pas la langue maternelle. C’est le cas d’Irina Teodorescu, qui est née à Bucarest, et vit à Paris. L’histoire de ‘Celui qui comptait être heureux longtemps’ est poignante, et le style très particulier de l’auteur amplifie l’émotion. Si certains passages sont à mon avis trop simplistes (phrases courtes, à la manière d’un conte pour enfants), l’alternance entre les dialogues un peu loufoques du ‘Quidam Bo’ avec les ‘généraux’ et le récit intime, plein de sensibilité, est bien menée.

Poursuivre la déambulation

Il y a environ un an, j’avais été enchantée par la plume de Maryam Madjidi (dont la langue maternelle est le persan, mais qui écrit en français) dans ‘Marx et la poupée’ .
Si l’on retourne en Roumanie, je vous recommande ‘La vie et les agissements d’Ilie Cazane’ de Ràzvan Ràdulescu chez Zulma, qui illustre dans une fable tragico-comique les excès du pouvoir démuni face à un individu doté d’un don très particulier. Et pour finir, on passe en Bulgarie, avec le film ‘Glory’ de Grozeva et Vachanov, sorti en avril 17, qui dépeint là encore une société minée par le mensonge et la corruption.

Extrait

« -Tu ne lis pas de livre ? lui avait demandé Irenn au début de leur aventue, car elle avait décidé de toujours parler d’une aventure, pas de relation, les relations nous enferment, avait-elle déclaré et Bo s’en foutait, il avait pensé c’est juste un mot comme un autre, les mots, je m’en tape. »

« C’était bien, papa ? Et toi, en tant que père tu réponds que oui, c’était génial, ça y est, tu sais faire du vélo, et tu es fier, très fier, comme si ton fils avait posé un premier pied sur Mars, ou un truc comme ça, et tu as envie de le soulever dans tes bras et de l’embrasser et de crier regardez tous, regardez donc mon fils, tu as envie de le remercier d’exister, mais tu ne sais pas qu’il ne deviendra pas ce que tu espérais, il ne deviendra rien, rien du tout, le genre d’enfant qui ferme les yeux et avance en souriant, confiant sur son bout de chemin qui ne mère nulle part. »

« L’officiant leur explique qu’ils sont des âmes. L’officiant leur promet que Dieu se chargera de leur bien-être à condition qu’ils respectent la loi divine. Bo est heureux qu’ici aujourd’hui sa sœur jumelle, la Nouvelle Société, ne soit pas invitée. Puis il pense tout de même nous sommes des cerveaux dans des corps, je me chargerai de notre bien-être et Dieu vaquera à ses affaires. »

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