Les déraisons ***

Les déraisons« Les déraisons » est le premier roman d’Odile d’Oultremont, publié aux Editions de l’Observatoire…Je ne sais pas ce que vous en pensez mais pour moi ‘déraison’ est un drôle de mot, qui en fait appelle au retour à la raison, et sonne comme la condamnation des petites folies ordinaires. D’ailleurs, dès la première page, on se retrouve assis avec Adrien dans l’un des endroits les moins enclins à supporter l’excentricité : un tribunal.

L’histoire

Adrien aime Louise d’un amour fou. La jeune femme est joyeuse, fantasque, elle s’invente un univers fait de couleurs et de mots. Adrien travaille pour l’entreprise Aquaplus; lors d’une ‘restructuration’, il se trouve exilé tout au fond d’un couloir, isolé de ses collègues. Quand Louise tombe gravement malade, Adrien quitte son poste, pour se consacrer à elle. Mais personne chez Aquaplus n’a, semble-t-il, remarqué son absence…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, rien ne sert de …divulgâcher!

Pourquoi le lire

Dans un monde parfaitement paramétré et normé, peut-on encore se permettre l’anti-conformisme ? Le récit d’Odile D’Oultremont confronte ses personnages à des réalités cruelles de notre époque (la déshumanisation dans les entreprises, le cancer), et montre qu’il est possible d’échapper à l’abattement, au découragement, au désespoir, en adoptant un point de vue différent, en laissant s’exprimer la joie, la fantaisie, la créativité. Même si le combat semble perdu d’avance pour Louise, elle parvient à retourner les évènements, à les transformer par son imaginaire, pour les rendre acceptables. J’ai beaucoup aimé cette histoire d’amour, émouvante, joliment contée, émaillée d’éclats de poésie et d’humour, qui est avant tout une formidable leçon de courage, un éloge de la différence et une invitation à ‘accepter la grande aventure d’être’ soi, comme l’indique la citation de Simon de Beauvoir, en incipit  .

Poursuivre la déambulation

Inévitablement, on repense à ‘L’écume des jours’ de Boris Vian, dont la lecture m’avait enchantée à l’adolescence, et dont le souvenir éblouissant a plané durant toute ma lecture des ‘Déraisons’.
Mais on pourrait partir aussi dans une autre direction; en effet, j’ai remarqué que les débats dans les tribunaux, censés appliquer la loi à des situations parfois ubuesques, sont souvent pour les écrivains le point de départ et d’ancrage de fictions assez jubilatoires : c’est le cas de ‘Article 353 du Code Pénal’ de Tanguy Viel ou de ‘Encore heureux’  d’Yves Pagès.

Extrait

« A quoi servait de faire l’effort de se parler si c’était pour échanger un tel vide ? Louise aurait su quoi dire, elle aurait rehaussé cette conversation, l’aurait accoutrée de quelques absurdités, ça lui aurait donné un cachet fou.  »

« Elle avait déplacé le centre de gravité des évènements, leur avait ôté leur foutu côté obscur. Ne restaient que des bulles de savon sur lesquelles elle soufflait avec une puérilité assumée. Il n’y avait qu’elle pour transformer ainsi le gravier en guimauve. »

« Louise n’était pas une enfant qui inventait une histoire à sa poupée, elle était une ouvrière qualifiée de l’imaginaire. Elle avait des mains dans son cerveau, de l’esprit dans ses mains, elle travaillait à plusieurs, on aurait dit un orchestre-labeur, quelque chose comme un quatuor artistique. »

 

 

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