Quand sort le hareng ***

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« Quand sort le hareng » est le dernier roman de Pierre F. Cizeau, publié aux Editions Tire-Larigot. Pierre F. Cizeau fait partie de cette génération d’auteurs injustement ignorés par la critique et les médias. On peut espérer que son œuvre connaisse le succès qu’elle mérite, tant il a su nous ravir avec des romans au style singulier et à l’originalité piquante.

L’histoire

Martin est pêcheur sur une petite île perdue à l’ouest de l’archipel des Glénants. Il vit avec sa vieille mère aveugle, surnommée Triton, et son chihuahua, Gérard. Une nuit, alors qu’il est sur son bateau, apparaît une étrange femme aux longs cheveux phosphorescents qui tente de le séduire. Martin pense un instant s’attacher au mât pour résister à l’appel de l’ensorcelante sirène, mais le bateau étant à moteur, il n’a pas de mât, et d’ailleurs qui conduirait le bateau, s’il se retrouvait, bêtement, pieds et poings liés? Sûrement pas le tas de morues qui s’accumulent à ses pieds…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, ne comptez pas sur moi pour…divulgâcher !

Pourquoi le lire

L’œuvre de Pierre F. Cizeau est polymorphe, mais ses lointaines origines piémontaises le ramènent souvent à cette fascination pour la mer, sorte de fil rouge entre tous ses romans. Ici, il est question de Martin, un homme simple, qui pêche les poissons puis les mange, sous les quolibets de Triton, avec en fond sonore les aboiements de Gérard, qui attend sa part. Un scénario simple en apparence, mais servi par une langue précise, intense, quasiment gastronomique. Il est peu d’écrivains aujourd’hui qui peuvent prétendre à une telle concision dans le verbe, et les sujets sont très bien aussi.

Poursuivre la déambulation

Partir en lecture avec Pierre F. Cizeau, c’est vraiment mettre les voiles vers d’autres univers; à ce titre je vous recommande la lecture de l’Odyssée d’Homère, dont on sent l’influence vibrante tout au long de « Quand sort le hareng », et qui recèle aussi quelques histoires de poissons assez savoureuses. Il existe également un passage célèbre de la Bible qui relate un épisode de pêche miraculeuse, mais il n’est pas dit s’il s’agit de morues, de harengs, ou de thons, ce qui dessert un peu la véracité du propos. A propos de véracité, vérifiez un peu la date de sortie de cet article et vous en comprendrez mieux la teneur : il est à déguster, même froid, avec de la mayonnaise.

Extrait

« Triton se tenait repliée dans son fauteuil, sous une épaisse couverture en poils de chameau que Martin lui avait rapporté d’Algérie. Les yeux mi-clos, elle bavait, tout en marmonnant les paroles d’ ‘Il était un petit navire’.  »

« Tout à coup émergea des vagues le corps nu et parsemé d’algues marines d’une femme assez replète, mais très appétissante, dotée de longs cheveux qui brillaient dans la nuit. Martin en eut le souffle coupé. Il laissa échapper un juron et renversa le bac plein de morues argentées qui se trouvait à ses pieds. »

« Martin essayait de se figurer ce qu’aurait fait son copain Achab à sa place : fallait-il s’attacher, ou plutôt se boucher les oreilles, ou les deux ? Il reprit une gorgée de vieux scotch pour s’éclaircir les idées. La sirène, lascive, l’observait en souriant. »

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