Edition spéciale : déambulations au Salon du Livre…

Tous les ans la foule des fous du livre se retrouve Porte de Versailles pour le Salon qui a perdu son article mais gagné une capitale, l’ex ‘Salon du livre’, devenu ‘Salon Livre Paris’. Grand-Messe dans tous les sens du terme (n’oublions pas que ‘die Messe’ en allemand signifie la ‘Foire’), invocations des fidèles, communion des esprits éclairés, rassemblés sous les néons et dans les allées par la passion du livre, la défense du livre, la promotion du livre. Seuls quelques-uns se promènent en jogging fluo, mais ceux-ci se sont trompés, le salon Body Fitness, c’est dans le hall d’à côté.

salon livre - 6 Foule compacte des z’adorateurs du livre, le soir de l’inauguration

Dans mon corbillon, qu’y met-on ? Au Salon du Livre qui voit-on ? Qu’y voit-on ?!

Les Z’éditeurs

Les z’habitués les reconnaissent au premier coup d’œil, ce sont les z’éditeurs toujours au rendez-vous :
On retrouve l’énorme stand Gallimard (qui héberge les autres flambeaux du groupe Madrigall : Flammarion, La Table Ronde, etc) brillamment éclairé, et privé d’un duel de titans avec son concurrent Hachette, qui, lui, avance en ordre dispersé (JC Lattès et Le livre de Poche sont bien là, mais pas Grasset, ni Fayard, ni Stock).
On passe entre les étals en bois clair du chaleureux Buchet Chastel (présent avec les autres collections de Libella : Phébus, Noir sur blanc, Delpire), puis l’école des loisirs se profile tout en noir, sans oublier le très fonctionnel stand Albin Michel, et les tables à perte de vue, croulant sous les piles de livres, d’Actes Sud.
Et puis on est tellement heureux de retrouver ces éditeurs aux noms alambiqués, on croise successivement le castor astral, le diable vauvert, le nouvel attila, le serpent à plumes, le tripode, et la thébaïde…éditeurs passionnés dont les noms à eux seuls suffisent à donner envie de découvrir les ouvrages.
Pincement au cœur face à une chaise vide chez P.O.L…dont le fondateur nous a quittés en janvier dernier.

Au Salon du Livre, les rencontres sont souvent inattendues et inoubliables; j’ai ainsi eu la chance d’échanger quelques mots avec Yves Pagès, patron des Editions Verticales (et auteur de ‘Encore heureux’ ), mais aussi avec David Vincent de l’Arbre Vengeur, ou encore Dominique Bordes, alias de Monsieur Toussaint Louverture;  j’ai aussi fait la connaissance des Benech, père et fille, de la maison Interférences, et de Talya Chaumont chez Notabilia.

La littérature générale étant mon domaine de prédilection, j’ai bien sûr foncé en priorité vers tous ces éditeurs. Mais tous les domaines de l’édition sont représentés, et notamment le secteur BD-Manga-Comics, l’un des plus dynamiques du marché du livre.

On parle souvent de la ‘chaîne’ du livre, tant ses acteurs sont interdépendants; illustration de ce foisonnement, de cette complexité du marché, la géographie du salon s’apprivoise et finit par se comprendre, on se promet de procéder méthodiquement allée par allée, et invariablement on se perd, effectuant un parcours erratique, telle une mouche prise dans un bocal, et finalement tant mieux si on repasse pour la douzième fois devant chez Zulma – car on les aime !

Les grands Z’Espaces

Chaque année, le Salon du Livre redessine la carte du monde. En 2018 la Russie, pays invité d’honneur, et Sharjah (aux Emirats Arabes Unis), ville invitée spéciale, occupent de vastes espaces. Sur les tables du stand Russie, les ouvrages en français et en russe fraternisent joyeusement, les éditions Louison et la Librairie du Globe sont de la partie. A côté se pressent les stands des pays d’Europe de l’Est, Hongrie (ma très chère Hongrie), mais aussi Ukraine, Roumanie,  Slovaquie. Petite étape au Brésil et hop on repart de l’autre côté de la Russie, vers l’Arabie Saoudite, le Qatar,l’Algérie, le Liban, , la Tunisie. La littérature francophone est bien représentée, avec aussi le trio Belgique, Suisse, Québec. Et l’Allemagne fait peau neuve, sous la bannière Frankfurter BuchMesse .

salon livre - 4La Russie, ce n’est pas QUE Poutine, c’est aussi Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine, Tchekhov…

Au Salon du Livre, la France des régions se déploie, vous savez, ces nouvelles régions aux noms poétiques que l’on n’a pas encore mémorisés (des Hauts de France à la Nouvelle Aquitaine, avec escale en Outre-Mer). Et ces larges stands régionaux abritent des myriades de petits éditeurs, bien contents d’être là car sans la subvention de la région, jamais ils n’auraient pu s’offrir un stand. D’ailleurs nombreux sont les éditeurs indépendants qui ont choisi une solution radicale, en allant s’installer non pas porte de Versailles, mais au Palais de la Femme, pour un évènement intitulé à juste titre :  ‘L’autre salon du livre’ !

On sent bien que le bât blesse, sans compter qu’entre les gros et les petits, il y a les moyens, et eux se raréfient. On déplore donc parmi les grands Z’absents : l’Olivier et Christian Bourgois par exemple. Dommage.

Les Z’auteurs

La dédicace est un moment rare et précieux d’interaction entre le valeureux lecteur et le mage, le créateur, l’écrivain qui a su le divertir, l’instruire, l’emporter, le réparer. Oui on est tenté de penser que le rôle  de la littérature est finalement peut-être bien de ‘réparer les vivants’. Dans les allées du Salon, j’ai croisé le mythe Pivot ; un peu plus loin Eric-Emmanuel Schmitt signait une dédicace pour une enfant handicapée ; et la file ne cessait de s’accroître pour accéder à la plume de Jean Teulé, venu pour ‘Entrez dans la danse’.

salon livre - 5

Les dédicaces d’une célèbre maison d’édition, mais laquelle ? Indice : relisez ma chronique sur ‘Le courage qu’il faut aux rivières’ d’Emmanuelle Favier !

Pour ma part, j’ai pu emporter les précieux trophées (des livres dédicacés à Cornelia!) et discuter quelques minutes avec Mazarine Pingeot et Lionel Duroy sur le stand Julliard, puis chez Flammarion, avec Nathalie Kuperman ; j’ai fait la connaissance de Denis Michelis, auteur de ‘Le bon fils’ chez Notabilia ; et enfin je suis passée saluer Eliette Abécassis, auteur de ‘Le maître du Talmud’, que j’ai chroniqué récemment.

Les Z’autres

Certes, le Salon rétrécit d’année en année, mais il fait montre d’un grand dynamisme pour offrir à ses visiteurs des animations variées et originales, qui font le ‘buzz’ ! Les faux procès par exemple (Faut-il licencier Gaston Lagaffe ? et Anna Karénine est-elle coupable ?) ont eu un retentissement certain dans les média.

On a vécu un Salon vibrant des échos de 8 scènes thématiques (polar, sciences pour tous, jeunesse, bd manga comics, coulisses de l’édition…) , réparties aux quatre coins du Salon, où l’on pouvait assister quasiment en continu à des débats, présentations, tables rondes. 

Saluons aussi l’initiative de la célèbre libraire Marie-Rose Guarnieri, qui renouvelle ses ‘Flâneries littéraires’, ce qui m’a permis d’assister, sur le stand Actes Sud, au magnifique témoignage d’André Markowicz, traducteur pendant 10 ans de Dostoïevski.

salon livre - 2 André Markowicz, traducteur et poète

Si l’avènement du numérique est au coeur de bien des débats, et objet de nombre de questionnements, les éditeurs du Québec ont trouvé une fort jolie manière de relier poésie et ‘réalité virtuelle’, en invitant les visiteurs à une expérience 360° dans les paysages de Gaspésie. Magique !

salon livre - 1Oui, on peut marier la poésie et les nouvelles technologies ! Et le résultat est stupéfiant !

Sur le Salon du Livre, on peut aussi rencontrer d’autres blogueurs, et pas loin du Québec, j’ai discuté avec Julio Jiménez, dont vous aurez certainement plaisir à découvrir les écrits poétiques et malicieux, à la Prévert, et c’est par ICI.

Voilà, c’est lundi soir et la fête est finie, tous nos amis libraires venus de partout en France donner un coup de main sur les stands éditeurs vont retourner dans leurs boutiques : un grand merci à vous, et à bientôt !

J’aurais voulu vous parler aussi du SNE, des fruits déshydratés, du Donjon de Naheulbeuk, d’Amazon et de Livres Hebdo, mais je ne voudrais pas risquer de vous lasser ! Je souhaite surtout vous donner envie de venir sur LES Salons, il n’y a pas que Paris, des dizaines d’évènements se déroulent sur le territoire tout au long de l’année ! Prévoyez de passer y jeter un coup d’œil ! Franchement,…ça fait un bien fou !

 

 

 

 

4 réflexions sur “Edition spéciale : déambulations au Salon du Livre…

  1. Chère Cornélia, voici un article bien sympa. J’y lis de la jubilation, de la gourmandise. Beaucoup de passion aussi. Et puis oui, c’est tellement bien écrit. Merci de nous faire partager toutes ces impressions avec autant de style!
    Grand bonjour du 60 ème parallèle

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    • Un grand merci, Yves, pour ton commentaire ! C’est vrai que je me suis régalée pendant ces quelques jours au Salon du Livre ? A propos du 60ème parallèle, as-tu vu ma chronique sur ‘Les invisibles’ ? Une histoire qui se déroule dans les îles Lofoten !

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