Le serpent de l’Essex **

le serpent de l'essex« Le serpent de l’Essex » de Sarah Perry, se déroule en Angleterre à l’époque victorienne. L’auteur nous fait revivre cette période incroyablement fertile en innovations scientifiques, technologiques, sociétales, ou artistiques, en déroulant le fil de la vie de Cora, une femme libre, curieuse, frondeuse ; Sarah Perry s’inscrit ainsi dans la tradition de ces femmes-écrivains anglaises, dont les héroïnes au destin tumultueux font rêver des générations de lectrices (et de lecteurs !).

L’histoire

Peu après le décès de son mari, Cora Seaborne vient s’établir à Aldwinter dans l’Essex avec son fils, Francis, et sa nourrice, Martha. Le petit village est en ébullition : le légendaire ‘serpent de l’Essex’, disparu deux siècles plus tôt, serait de retour, provoquant dans son sillage une série de malheurs. Le pasteur William Ransome a bien du mal à remettre ses brebis dans le bon chemin ! Cora, quant à elle, ne croit qu’en la science, et ne va pas tarder à confronter ses points de vue à ceux du pasteur.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Les nombreux personnages qui peuplent ce roman contribuent chacun à symboliser une facette différente de l’époque victorienne, que l’on sent écartelée entre la tradition, les superstitions, l’ignorance, et l’envie d’avancer, d’innover, de connaître. Ainsi la foi sincère du pasteur se trouve attaquée d’un côté par toutes les croyances populaires concernant le supposé monstre, et de l’autre, par l’approche scientifique et rationnelle de Cora ; viennent alors naturellement se juxtaposer, comme les pièces d’un puzzle, les thèmes de l’émancipation féminine, du progrès de la médecine, des inégalités sociales. J’ai trouvé que les personnages avaient une réelle épaisseur, y compris les personnages secondaires comme par exemple Francis, l’enfant surdoué (ou autiste?), ou Stella, l’épouse malade de William. Si l’on peut craindre parfois de se perdre dans les méandres d’une histoire d’amour prédictible, l’auteur joue à dévier les pistes, et les évènements prennent à de multiples reprises un tour inattendu. Les descriptions de la nature et du climat contribuent à baigner le récit dans une atmosphère mystérieuse, poétique, propice au suspense. Toutefois, l’ensemble est de facture extrêmement classique, et j’aurais souhaité que l’auteur prenne encore davantage de liberté avec les évènements, les personnages, pour les pousser plus radicalement du réel au fantastique.

Poursuivre la déambulation

Ce livre donne envie de re-découvrir les œuvres de ces romancières anglaises qui sont aujourd’hui des classiques ! La voie a ainsi été ouverte par Jane Austeen au début du XIXème Siècle (avec notamment ‘Orgueil et préjugés’), puis ce sont les sœurs Brontë qui aux alentours de 1850 ont marqué de leur empreinte la littérature anglaise (‘Les Hauts de Hurlevent’ et ‘Jane Eyre’ – inoubliables lectures ! ). A ce propos, je garde aussi un souvenir ému du film de Téchiné ‘Les Sœurs Brontë’ (1979).
Je vous recommande enfin le livre de Somerset Maugham ‘Le grand écrivain’ (publié par La Table Ronde), un autre concentré d’élégance et d’humour typiquement britanniques, secoué par les frasques d’une héroïne épicurienne : Rosie.

Extrait

« Le village en avait largement assez de ce genre de choses, selon lui ; entre les Londoniens et les serpents, c’était une année pénible; ne pouvait-on avoir un moment de tranquillité ? »

« Cher Will,
Charles me dit que je dois vous présenter des excuses. Eh bien, je ne le ferai pas. Je ne puis présenter d’excuses quand je ne  puis concéder avoir mal agi.
J’étudie les Ecritures, comme vous m’avez un jour incitée à le faire, et je remarque (cf. Matthieu18, 15-22) que vous devez m’accorder encore 489 agressions avant de me chasser.
En outre, je sais comment vous avez parlé du péché à mon fils et je n’ai pas eu querelle avec vous à ce propos! Devons-nous faire de nos enfants des champs de bataille ?
Et pourquoi mon esprit devrait-il céder au vôtre, ou pourquoi le vôtre, au mien ? »

« Stella baigna alors dans la dernière lueur du jour, sa fine robe bleue laissant voir tous les os charmants de ses épaules et de ses hanches. Elle tenait un bouquet de lavande qui dégageait encore son arôme; ses flacons en verre bleu, ses lambeaux de batiste et de coton étaient blottis tout autour d’elle ; sous sa tête, un coussin en soie bleue; à ses pieds, son cahier bleu, gondolé par l’humidité. »

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