De l’autre côté des montagnes **

De l'autre côté des montagnes

« De l’autre côté des montagnes » de Kevin Canty, publié chez Albin Michel, est un roman tiré de faits réels, qui relate un grave accident dans une mine, provoquant une centaine de décès, et son impact sur les membres de la petite communauté locale, en s’attachant aux réactions, aux émotions de quelques-uns d’entre eux.

L’histoire

Dans les années 70 à Silverton, une petite bourgade isolée au Nord-Ouest des Etats-Unis, toute l’existence des habitants tourne autour de la mine ; on y descend, on y travaille, on s’y noircit les mains et le visage, on s’y ruine les poumons, et puis, parfois, on n’en remonte pas – on y meurt. David, lui, est l’un des rares qui a choisi de partir suivre des études ailleurs ; il a perdu son frère aîné, Ray; et sa belle-soeur, Jordan, va désormais devoir élever seule ses jumelles. Ann aussi pleure son mari, Malloy, et doit faire le deuil de son désir d’enfant. Quant à Lyle, il est resté coincé au fond de la mine avec Terry; dans l’obscurité, ils se parlent – espèrant l’arrivée des secours.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Kevin Canty analyse de façon extrêmement juste et subtile les répercussions collectives et individuelles d’une catastrophe. En cela, le propos du livre pourrait finalement être extrapolé à bien d’autres contextes, époques et communautés. Ici, la vie est inscrite depuis toujours dans un équilibre triangulaire entre la mine, l’église, et les bars. L’accident provoque un basculement et un changement radical des perspectives ; les personnages mis sous la focale de l’auteur (David, Jordan, Ann, Lyle) verront leur destin profondément infléchi. Pour le lecteur, l’émotion naît de la pertinence des réactions, des comportements de chacun face au deuil. Toutefois, j’ai trouvé que l’ensemble manque de souffle romanesque: Canty se place au plus près du récit, raconté au présent, et laisse une place importante à des dialogues assez pauvres; j’ai regretté qu’il n’y ait pas un peu plus de distanciation, ce qui aurait été propice, peut-être, à un style plus élaboré, et à un plaisir de lecture certainement plus intense.

Poursuivre la déambulation

Dans son film ‘La tragédie de la mine’ (1931) , Pabst s’appuie sur un évènement similaire pour souligner la solidarité qui s’exerce dans ce type de circonstances, y compris entre des ennemis jurés (en l’occurrence, français et allemands). Côté littérature, ‘Les Javanais’ de Jean Malaquais dépeint l’incroyable brassage de cultures, de langues, d’origines, et les situations tragi-comiques qui en découlent, autour d’une mine dans le Sud de la France – un style brut, percutant, à savourer sans modération !

Extrait

« Elle avait conclu un marché avec sa vie, et sa vie l’avait flouée. »

« C’est alors que David comprend, il comprend la réalité dans toute son ampleur, tandis que le mineur cherche désespérément à trouver des mots pour quelque chose qui n’en possède pas, une émotion terrible qui ne peut s’exprimer ni par le langage, ni par les larmes, ni par la violence. »

« Endormie, éveillée ? ou quelque part entre les deux, elle se lève, va uriner dans la salle de bain sans prendre la peine d’allumer, est prise de vertige. Elle se souvient d’avant, avant les effets du temps, les cicatrices, quand il était tout entier lisse et jeune. La maison est plongée dans l’obscurité, elle porte toujours le même pantalon de survêtement. Quelle heure est-il ? Elle a oublié de remonter le réveil près du lit, hier ou le jour d’avant, et maintenant il est toujours trois heures moins dix.
Elle entend le son de sa propre respiration. Elle est seule. »

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s