Il n’en revint que trois **

Il n'en revint que trois

« Il n’en revint que trois » de Gudbergur Bergsson chez Métailié vous emmènera dans un coin reculé d’Islande, à la rencontre d’une petite communauté d’hommes et de femmes. Parmi eux, certains restent, accrochés à leur terre et à leurs habitudes, certains passent,  accueillis avec bienveillance et simplicité, d’autres partent, dans l’espoir d’une vie meilleure – bien peu reviennent.

L’histoire

Au fin fond de l’Islande, une ferme coupée du monde. Un vieux couple, leur fils et leurs deux petites-filles vivent là, c’est une cellule familiale disloquée par les départs, il y a bien des années, de leurs deux filles. Et puis il y a le gamin, un gosse du village dont la mère est malade et qui vient passer parfois de longs mois avec eux. Les visites sont rares; surviennent deux Anglais, qui disparaissent, puis un Allemand, qu’on cache dans une grotte, et avec le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, des soldats. Cahin-caha, les choses changent.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Hormis les romans palpitants d’Arnaldur Indridason, l’essentiel de la littérature islandaise reste pour moi une terre vierge à explorer ! C’est donc avec curiosité que j’ai abordé ce texte de Bergsson, l’un des écrivains majeurs de ce pays si fascinant, et héritier de la longue tradition littéraire issue des fameuses sagas islandaises. D’ailleurs, ‘Il n’en revint que trois’ emprunte beaucoup à l’univers des contes; ainsi les personnages principaux n’ont pas vraiment de nom mais sont juste désignés par leur rang dans la famille (‘le fils’). J’ai énormément aimé les séquences où le ‘fils’ justement, qui est en apparence une sombre brute, fait au ‘gamin’ la lecture de l’unique livre en sa possession, mais très lentement, pour faire durer le plaisir – à la façon de Shéhérazade ! Les descriptions de la nature font naître les images d’un paysage rude et sauvage, entre terre et mer, au sein duquel on voudrait pouvoir se fondre. L’auteur n’est pas tendre avec ses personnages, les femmes comme les hommes font surtout montre de leurs tares, de leurs faiblesses ;  on est dans un univers rugueux, râpeux, inconfortable . Seule la grand-mère est lumineuse, elle incarne la sagesse, l’effort et la connaissance, et porte l’espoir d’une humanité meilleure.

Poursuivre la déambulation

L’Islande, comme destination touristique, est à la mode ! Si toutefois vous n’avez pas le projet de vous y rendre dans les mois qui viennent, vous pouvez vous mettre dans l’ambiance ‘rude et sauvage’ en visionnant le drôle de film ‘Béliers’ de Grimu Hàkonarson (sorti fin 2015). Si vous préférez vous en tenir à la lecture, je vous recommande chez Zulma les romans poétiques et sensibles d’Audur Ava Olafsdottir, ‘Rosa Candida’ et ‘L’embellie’, ou encore, sorti récemment, ‘Ör’.

Extrait

« L’islandais est une véritable merveille, il est resté intact depuis son origine, d’une certaine manière, c’est un miracle philologique. Votre langue n’a même pas subi l’influence de l’anglais qui est aujourd’hui international, ce qui en fait presque une langue poubelle. »

« Les gamines obéissaient, mais le contenu des cours les ennuyait de plus en plus même si elles l’ingurgitaient avant de le réciter les yeux fermés. La seule chose qui continuait à les intriguer dans ces livres, c’était la formule figurant sur leurs couvertures : Ouvrage non destiné à la vente. La grand-mère le leur avait dit : cette phrase soulignait que l’enseignement était obligatoire en Islande, aussi bien pour les enfants riches que les pauvres. »

« Captivé par ces paysages inconnus, le gamin imaginait un océan infini et incroyablement calme. Il ignorait cependant ce qui le fascinait le plus : les représentations qu’engendrait son esprit à l’écoute de la lecture ou le bruit du ressac que la brise portait jusqu’à la fenêtre, accompagné par les cris des oiseaux insomniaques qui, tout comme la vieille femme, avaient du mal à trouver le sommeil dans la lumière éternelle de l’été. »

2 réflexions sur “Il n’en revint que trois **

  1. Pingback: Les invisibles *** | Cornelia

  2. Pingback: Les rois d’Islande ** | Cornelia

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