Rimbaud le fils ***

 

rimbaud le fils« Rimbaud le fils » est un court texte de Pierre Michon, qui relate avec son style inimitable les grandes étapes de la vie de Rimbaud. Mais pourquoi ‘le fils’ ? Comme Rimbaud, Pierre Michon a grandi sans son père, ce qui explique peut-être qu’il ait recherché la vérité du poète dans son rapport tumultueux et difficile avec sa mère.

L’histoire

Avec son visage d’ange et ses poésies limpides, Arthur Rimbaud est une figure mythique au sein du panthéon des écrivains français. Premier acte: issu d’une famille très modeste de Charleville, Rimbaud se révèle très tôt un élève brillant ; il se lie d’amitié avec son professeur, Izambard, écrit ses premiers poèmes à l’âge de quinze ans, envoie une lettre enflammée à Théodore de Banville où il dit vouloir ‘devenir Parnassien, ou rien’. S’ensuivent quelques fugues à Paris, des retours à Charleville, un voyage à Bruxelles…et surtout, la naissance de ses oeuvres les plus célèbres, dont ‘Le bateau ivre’. Deuxième acte : il rencontre Verlaine en 1871 et vit avec lui à Londres. C’est à Bruxelles que Verlaine, par deux fois, lui tire dessus. Troisième acte : Rimbaud voyage beaucoup, il devient aventurier, trafiquant en Afrique, et finalement rentre à Marseille, où il doit être amputé d’une jambe. Il meurt à l’âge de 37 ans.

Pourquoi le lire

Le style de Pierre Michon est un pur délice de lecture. Il faut d’abord s’accoutumer à ses phrases, très longues, et à une langue subtile et infiniment poétique. L’auteur ne se contente pas de raconter, il rend hommage à Rimbaud avec une prose qui sonne juste, et une émotion contenue face à la fougue, à la jeunesse, et disons-le, au génie du personnage. J’ai aimé l’idée que Rimbaud était en quelque sorte hanté par sa mère, et je me suis laissée porter par les mots, d’un bout à l’autre d’un récit dont j’aurais pu citer chaque phrase dans ma rubrique ‘extrait’.

Poursuivre la déambulation

Pierre Michon est un auteur discret, dont on entend finalement peu parler, mais auquel les Editions de l’Herne ont rendu un éloge avec la parution à l’automne dernier d’un ‘cahier’ qui lui est consacré. Pour ma part j’ai aussi lu ‘Vie de Joseph Roulin’, un texte qui s’écoule comme un ruisseau d’eau pure, acmé de poésie, d’émotion et de sensibilité – et encore ‘Les onze’, avec toujours cette sensation d’une lecture fluide et cristalline ! Enfin je ne peux finir cette chronique sans vous inciter à ‘relire Rimbaud’, c’est-à-dire non seulement les poèmes célèbres que nous avons tous étudiés à l’école, mais aussi peut-être découvrir ses lettres et textes en prose, qui viennent compléter l’œuvre de ‘l’homme aux semelles de vent’.

Extrait

« On dit que Vitalie Rimbaud, née Cuif, fille de la campagne et femme mauvaise, souffrante et mauvaise, donna le jour à Arthur Rimbaud. On ne sait pas si d’abord elle maudit et souffrit ensuite, ou si elle maudit d’avoir à souffrir et dans cette malédiction persista ; ou si anathème et souffrance liés comme les doigts de sa main en son esprit se chevauchaient, s’échangeaient, se relançaient, de sorte qu’entre ses doigts noirs que leur contact irritait elle broyait sa vie, son fils, ses vivants et ses morts. »

 » et c’est avec les doigts noirs que j’ai dits mais cette fois trafiquant dans le fils, au fils accrochés, dans le fils cadenassés, que les plus beaux vers furent filés, deux à deux tenus : oui, on peut penser que l’alexandrin séculaire fut prodigieusement exalté puis détruit sans retour vers 1872 par une femme triste qui grattait, cognait et délirait dans un enfant. »

« -puisque c’était la mode à l’époque d’aller imaginer que dans la voyance, nébuleuse ineffable, secrète, postulée, prenaient naissance les poèmes les plus nets, les beaux systèmes comme planétaires où en douze syllabes poussent des arbres, où l’univers s’incarne; une deuxième fois s’incarne ; et dans cette incarnation seconde chacun se disait que l’autre avait peut-être la clé. »

3 réflexions sur “Rimbaud le fils ***

  1. Pingback: 1 an déjà, HAPPY BIRTHDAY Cornelia ! | Cornelia

  2. Plus qu’un texte sur Rimbaud, un texte avec Rimbaud. Nous avons tous ressenti ce compagnonnage avec le poète, mais là, c’est Michon qui écrit, et on a l’impression de n’avoir jamais aussi bien compris Rimbaud.

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