L’affaire Mayerling **

L'affaire Mayerling

Dans « L’affaire Mayerling » de Bernard Quiriny, il est question d’un groupe de copropriétaires qui s’allie contre un ennemi commun un peu particulier : leur immeuble. Situation incongrue certes, mais le nom de la résidence, le ‘Mayerling’ aurait pourtant dû leur mettre la puce à l’oreille; Mayerling n’est-il pas le pavillon de chasse où furent retrouvés Rodolphe, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et Maria, sa maîtresse, tous deux morts dans des circonstances jamais élucidées ?!

L’histoire

Le ‘personnage’ central du roman est le Mayerling, un immeuble de prestige érigé dans la petite ville de Rouvières : on assiste aux prémices de sa construction, puis à l’arrivée des copropriétaires et locataires. C’est alors que tout se dérègle, les problèmes de toutes sortes se multiplient dans le bâtiment, perturbant gravement la vie des résidents. Persuadés que le Mayerling est délibérément responsable de cette situation, ils décident de se liguer contre lui.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

C’est une fable totalement absurde et donc forcément très drôle, le comique tenant plus aux situations qu’au style, sans fioriture, de l’auteur. J’ai éprouvé de la fascination à voir cette communauté s’enfoncer dans une folie collective, et une curiosité croissante à en connaître l’aboutissement: il y a en effet tout au long du livre une montée en puissance, une dilatation du délire. J’ai fait l’hypothèse que le problème de chaque habitant est le reflet de ses propres névroses, comme si le Mayerling avait l’étrange pouvoir de révéler les failles internes de chacun et de les exacerber. Dès lors, je me suis interrogée : que symbolise réellement le Mayerling ? L’argent ? Les programmes immobiliers ? Le trop-plein de béton ? Ou bien l’addition de ces petites fêlures, égoïsmes, stupidités individuelles qui rend finalement impossible la vie en collectivité ?

Poursuivre la déambulation

Un grand merci à Bernard Quiriny qui nous indique lui-même dans son livre le chemin à suivre ! Il fait référence par exemple à ‘Made in France’ de Daninos, ‘Le naïf locataire’ de Paul Guth, ‘Le locataire chimérique’ de Roland Topor et ‘I.G.H.’ de J.G.Ballard. A cette liste (alléchante) de lectures, j’ajouterais ‘Un roman américain’ d’Antoine Bello, qui scrute le microcosme d’une résidence en Floride, et écorne au passage le rêve américain en dénonçant les effets du capitalisme sauvage.

Extrait

« Un immeuble moderne, m’explique Braque, c’est une plage qu’on grignote. Fabriquer du béton nécessite en effet d’immenses quantités de sable qu’on prélève où il est, c’est-à-dire sur les plages. Celles-ci, du coup, disparaissent. »

« Des messes noires ? A quels sacrifices se livrait-on dans ces catacombes, cependant qu’au-dessus dormaient les résidents ?
Il y avait aussi des graffitis sur les murs, potaches et orduriers.
M.Chautemps, une fois, trouva douze préservatifs usagés, signe qu’on avait pratiqué ici l’acte de chair en groupe. »

« Le même Volkoff, pour rendre hommage aux copropriétaires, moula des maquettes de plâtre du Mayerling à l’échelle 1/10, livrées dans une boîte en bois précieux avec un petit marteau en bronze, et vendues 1 199€ pièce. Les acquéreurs étaient invités à briser la maquette au moyen du marteau, ‘imitant en petit le geste des copropriétaires’, pour ‘participer en communion avec leur action’. »

 

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