Zoli ***

Zoli

« Zoli » de Colum McCann est un roman publié en 2007 qui plonge au cœur des communautés tziganes des années 30 à nos jours . C’est un livre puissant, rude et poétique, qui nous entraîne dans le tourbillon de l’histoire, et aborde sans fard les thèmes de l’appartenance, de la différence, de la résistance.

L’histoire

L’histoire commence dans les années 30, en Slovaquie. Sa famille ayant été éliminée par la Hlinka (police politique), Zoli, une petite fille gitane, est élevée par son grand-père. Ils font partie d’un clan de tziganes, qui se déplace en roulotte, et vit dans le respect de traditions ancestrales. Ainsi, il est assez mal vu de savoir lire, et totalement impensable de frayer avec les gadze (les non gitans). Zoli, qui a un don pour le chant et la poésie, va être amenée à enfreindre les règles. Ses aventures l’entraîneront dans une fuite éperdue à travers l’Europe, pour finalement trouver un havre de paix dans les montagnes italiennes.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Ce livre nous fait partager le quotidien des gitans en Europe Centrale, avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi à l’ère du communisme. Ce point de vue ‘documentaire’ et historique est enchâssé dans un récit romanesque, doté de multiples rebondissements, autour du personnage central, Zoli, femme farouche et libre, dont le témoignage poignant ponctue ce récit choral. J’y ai vu aussi un hymne à la nature, avec laquelle l’héroïne vit en symbiose, et un message d’espoir, car si elle ‘chute’ souvent (et pas ‘à moitié’, comme elle le dit si bien), elle rencontre toujours une main secourable pour la sauver, in extremis. Dix ans après sa parution, ce livre renvoie aujourd’hui un écho troublant aux témoignages de migrants qui ont parfois couvert à pied des centaines de kilomètres à travers l’Europe.

Poursuivre la déambulation

Colum McCann fait partie de mes auteurs favoris, aussi je ne peux que vous recommander chaleureusement ses autres livres, en commençant par le célèbre ‘Et que le vaste monde poursuive sa course folle’, mais aussi ‘Danseur’ ou ‘Transatlantique’. Lorsque je l’ai rencontré au Festival America de Vincennes en 2016, il m’avait confié que le recueil qui lui tient le plus à cœur est ‘Ailleurs en ce pays’, un magnifique ensemble de nouvelles qui se déroulent en Irlande, son pays d’origine.

Extrait

« Ils prétendaient qu’elle s’évertuait à vivre un mètre au-dessus du sol. Il restait inconcevable qu’elle puisse être vue avec un livre au bras : on ne peut aller contre certaines idées reçues. Avant de repartir chez les siens, elle cousait des pages sous la doublure de son manteau, dans les poches de ses robes. Elle avait un faible pour un vieux recueil de Neruda, traduit en slovaque, qu’elle s’était acheté elle-même, d’occasion. »

« Il s’immergeait toujours dans les écrits de Zoli. Il retravaillait ses poèmes, ajoutait des mots, peaufinait la rime. Puis il lui soumettait le résultat. Il tirait à vue sur ceux qui décelaient le formalisme bourgeois sous son amour de la nature, qui l’accusaient de tirer un bénéfice social de la douleur. Selon lui,  la poésie de Zoli ne cherchait pas à éblouir avec des pensées stupéfiantes, mais simplement à rendre inoubliable un moment singulier. »

« Elle se demande maintenant si elle n’a pas découvert ce que c’est qu’être aveugle: elle ne voit rien devant elle dont elle aimerait se réjouir, il y a peu derrière elle dont elle tient à se souvenir. »

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