Dans la forêt ***

dans la forêt

« Dans la forêt » de Jean Hegland a été publié en 1996. J’ignore pourquoi il a fallu plus de vingt ans pour que ce livre traverse l’Atlantique avant d’arriver chez nos libraires, sous la bannière de Gallmeister. En tous cas, c’est une très belle découverte, une magnifique histoire, émouvante et poétique, sur l’amour qui unit deux sœurs, et leur long cheminement au sein d’un environnement hostile.

L’histoire

On ne saura jamais quel évènement a causé une rupture générale d’électricité, la pénurie de carburant et de vivres, la diffusion d’épidémies et la propagation de la violence. Mais tel est le monde dans lequel Nell et Eva, deux sœurs de dix-sept et dix-huit ans, doivent désormais apprendre à survivre. Dans l’attente d’un hypothétique retour à la normale, enfermées dans leur maison au cœur de la forêt, elles s’adonnent à leurs passions: la lecture pour l’une, la danse pour l’autre. Mais à mesure que les stocks de vivres diminuent, l’espoir s’effiloche et elles vont devoir affronter tous les dangers réels ou imaginaires de l’extérieur, et apprendre à vivre en osmose avec la nature.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

L’histoire est touchante, parce qu’elle est racontée du point de vue de Nell, « Dans la forêt » est son journal intime. Le lecteur est placé ainsi au cœur des évènements, saisi par les multiples rebondissements, mais aussi ému par les sentiments, les questionnements, les espoirs et les combats de la jeune fille. Partant d’une situation somme toute commune à bien des dystopies, ce livre nous fait vivre au plus près une expérience initiatique d’abandon progressif d’un mode de vie ‘moderne’, suivi d’une renaissance à la nature, qui d’abord hostile, s’avère ensuite nourricière et même hospitalière…avant de prendre une dimension mystique. C’est au fond une sorte d’Odyssée pour ces deux soeurs, que n’épargnent pas les prises de bec, disputes, bouderies et réconciliations, mais qui au fond sont inséparables, tant elles sont complémentaires : Nell, l’intellectuelle, courageuse, voire intrépide, et Eva, l’artiste, plus vulnérable mais aussi plus radicale.

Poursuivre la déambulation

Les éditions Gallmeister proposent un grand nombre d’ouvrages d’auteurs américains rattachés au genre littéraire dit ‘nature writing’ – on constate que la confrontation avec la nature est le plus souvent l’affaire des hommes,  et qu’on retrouve en effet peu d’héroïnes dans cet univers. C’est ainsi qu’en lisant ‘Dans la forêt’, j’ai souvent repensé à ‘La constellation du chien’ de Peter Heller (paru chez Actes Sud), un roman magnifique et palpitant qui met en scène deux hommes dans une Amérique post-apocalyptique, aux prises avec la violence, mais aussi vibrants témoins de la grandeur et des mystères de la nature.

Extrait

« Je n’en reviens pas de la quantité de choses que j’apprends. Tout est là – les dates, les lieux, les artistes et les philosophes et les scientifiques, les hommes d’Etat et les rois, les étoiles et les minéraux et les espèces, les faits et les théories, l’ensemble du savoir humain. Tout est réuni ici, tout ce qui compte, tout ce dont j’aurai besoin, et je n’ai qu’une chose à faire, tourner la page. »

« – J’ai tellement peur, je ne peux pas m’en empêcher. C’est comme des vagues noires, et je suis un petit bouchon de liège. Je flotte à la surface, et j’ai l’impression que ça va, puis une autre vague arrive et je me noie de nouveau. »

« Nous avions un choix à faire, une décision à prendre sur la façon dont nous allions vivre, sur les risques qui valaient la peine d’être encourus. Nous devions déterminer ce qu’il fallait craindre avant tout. Nous devions trancher entre notre peur de passer l’hiver affamées avec un bébé et notre peur d’un ours noir au début de l’automne. »

3 réflexions sur “Dans la forêt ***

  1. Bonjour,
    à propos de Nature Writing, du côté français, connaissez-vous l’écrivain André Bucher ? A paraître à la rentrée Un court instant de grâce. Et là justement vous y croiserez une héroïne forte, Emilie.
    https://lemotetlereste.com/litteratures/uncourtinstantdegrace/
    La Vallée seule ressort en poche :
    https://lemotetlereste.com/auteur/andre_bucher
    Belles lectures à vous,
    Benoît
    https://www.facebook.com/andre.bucher.ecrivain

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  2. Pingback: Trois fois la fin du monde | Cornelia

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