Le courage qu’il faut aux rivières ***

courage rivières« Le courage qu’il faut aux rivières » est le premier roman d’Emmanuelle Favier, paru chez Albin Michel. Oui, il faut bien du courage aux rivières pour traverser les montagnes, aux jeunes femmes pour se lancer dans l’aventure d’un premier roman, et aux personnages de ce livre pour assumer leur destin. Le courage : une vertu, une valeur, une force qui souvent fait défaut, et parfois rend les miracles possibles.

L’histoire

Dans un petit village des Balkans, Manushe, qui a fait le choix de ne pas se marier, vit seule, comme un homme. Elle est devenue une ‘vierge jurée’, selon la coutume locale ancestrale. Arrive alors Adrian, dont on découvre l’histoire progressivement : forcée par son père d’endosser une identité masculine, Adrian a commis un meurtre, et s’est enfuie. Voici donc l’histoire de deux femmes qui, dissimulées derrière des vêtements d’homme, apprennent à se connaître.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Avant de devenir romancière, Emmanuelle Favier a publié des nouvelles, et aussi des poèmes. Rien d’étonnant, donc, à ce que le style de ce livre soit infiniment poétique et délicat, et phrase après phrase, naissent des images limpides, dans des atmosphères nimbées de mystère. Les personnages sont touchants, on est ici dans la confusion fragile des ‘genres’, dans une découverte malaisée de la sensualité, de l’autre en miroir de soi-même; Manushe et Adrian ne se sentent pas ‘hommes’, simplement elles le sont devenues (illustration par l’absurde du fameux ‘On ne naît pas femme : on le devient’ de Simone de Beauvoir). L’histoire, qui trouve son point de départ dans la tradition des vierges jurées, se déploie ainsi de façon douce, paisible et inéluctable, malgré la brutalité et la bestialité humaine dont les deux femmes font l’objet.

Poursuivre la déambulation

Le thème du travestissement ‘subi’, et non choisi, est assez rarement abordé; mais il avait été évoqué sous un angle tout à fait différent par Wesley Stace, dans son roman ‘L’infortunée’ (publié en 2006 en France, chez Flammarion), qui retrace la vie d’un jeune garçon adopté par une riche famille, vêtu et élevé comme une fille, à Londres, au début du XIXème Siècle.

Extrait

« Elle racontait ses insomnies, ses songes bizarres, les trous de sa mémoire et ses sensations de vivre un destin emprunté. »

« Déjà cette vie commençait d’être la sienne, déjà la rudesse de son enfance, les errances et les peines perdues lui paraissaient pouvoir être surmontées. »

« Alors Adrian regardant le lynx vit tout autre chose. Dans la robe tachetée où jouaient les ombres, dans les yeux soulignés de blanc, dans la collerette de barbe douce et féminine il vit un salut, une promesse, une exhortation même, qui était aussi un avertissement. Il vit une image de sa solitude et la possibilité d’en faire une liberté. »

 

4 réflexions sur “Le courage qu’il faut aux rivières ***

  1. J’ai moi aussi beaucoup aimé ce roman, l’originalité du thème et surtout la richesse de la langue. J’ai été particulièrement sensible aux descriptions que l’auteure fait de la nature (d’ailleurs, les extraits dans l’article que j’ai également écrit sur le livre témoignent de mon enthousiasme). Bravo pour votre article.

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  2. Pingback: Edition spéciale : déambulations au Salon du Livre… | Cornelia

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