Edition spéciale : Simone de Beauvoir ***

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Aujourd’hui 9 janvier 2018, elle aurait eu 110 ans ! Simone de Beauvoir a traversé le vingtième siècle, et restera dans nos mémoires comme une femme forte, libre, intelligente, engagée et courageuse. Elle a été l’une des premières à éveiller les consciences et ouvrir la voie du féminisme en France, suite à la publication de son ouvrage « Le deuxième sexe » en 1949, et la troisième femme à décrocher le prix Goncourt, avec « Les Mandarins » en 1954.

L’histoire

Née en 1908, Simone de Beauvoir se fait très tôt remarquer par sa liberté d’esprit et son intelligence,  et très vite, elle se prend de passion pour l’écriture. En 1929, elle décroche l’agrégation de philosophie. Désormais, elle trace son chemin avec Sartre, qui la surnomme ‘Castor’ – c’est l’amour ‘nécessaire’, par opposition aux ‘amours contingentes’, espace de liberté sexuelle pour l’un et pour l’autre. En 1943 sort son premier roman, ‘L’invitée’, puis elle fonde la revue Les Temps Modernes. Après guerre, elle voyage beaucoup, notamment aux Etats-Unis où elle a une liaison avec l’écrivain Nelson Algren. La parution de l’essai ‘Le Deuxième Sexe’ lui vaut une notoriété immédiate, et de nombreuses critiques. C’est en 1958 qu’elle commence son autobiographie avec les célèbres ‘Mémoires d’une jeune fille rangée’, cycle qui se terminera en 1981 avec ‘La cérémonie des adieux’. Jusqu’au bout, elle a accompagné Jean-Paul Sartre et repose aujourd’hui à ses côtés, au cimetière du Montparnasse à Paris.

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Pourquoi le lire

Le style de Simone de Beauvoir est direct et fluide, ponctué de fréquents dialogues. Si comme moi vous avez une prédilection pour les romans, peut-être faut-il commencer par re-découvrir ‘Les Mandarins’, roman d’amour, de voyage, d’engagement, très largement autobiographique, qui se déroule après-guerre. Et naturellement, pour tenter de comparer fiction et réalité, on se tournera vers la ‘véritable’ autobiographie retraçant cette même époque fascinante, c’est « La force des choses ». Il faut lire ‘Le Deuxième Sexe’, pour comprendre quel était le statut des femmes il y a seulement 70 ans, et ainsi jeter un regard différent sur les évènements médiatisés récemment, l’affaire Weinstein et le slogan Time’s up, par exemple.

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Poursuivre la déambulation

Partons tout d’abord sur les traces de Virginia Woolf, et replongeons-nous un moment dans ‘Mrs Dalloway’ ou encore ‘Orlando’. Impossible de ne pas évoquer aussi Benoite Groult (1920-2016), elle aussi romancière et fortement engagée pour la cause féministe, qu’elle défend dans ‘Ainsi soit-elle’ (1975). Je voudrais mentionner aussi Elisabeth Badinter, dont l’ouvrage ‘ L’amour en plus’ (qui traite de l’amour maternel) m’a fortement marquée quant j’étais adolescente. Enfin, je trouve ici l’occasion de saluer Françoise Héritier, qui s’est éteinte en novembre dernier, quelques jours après son passage à ‘La Grande Librairie’, et dont le destin, la vie, l’œuvre, sont tout à fait exceptionnels.

Extrait

« Je voudrais qu’on me juge sur ce que je fais, et non sur ce que je ne fais pas, dit Henri. C’est bizarre : quand on débute, on est accueilli avec bienveillance, les lecteurs vous savent gré de ce que vous apportez de positif ; plus tard, vous n’avez plus que des dettes, et aucun crédit. » (Les Mandarins)

« -Alors, vous avez fini de faire du bruit avec votre bouche ? Je ne pensais pas qu’une femme pût faire tant de bruit à elle toute seule, excepté peut-être Mme Roosevelt. » (Les Mandarins)

« Il y a des jours, quand j’ai beaucoup travaillé les jours d’avant, où je me sens comme ces limandes qui ont trop baisé, et qui s’échouent sur les rochers, moribondes, vidées de leur substance. C’est ainsi, ce matin. » (La force des choses)

« Blanchot, dans son essai sur ‘le roman à thèse’ explique très justement qu’il est absurde de reprocher à une œuvre de signifier quelque chose; mais il y a une grande différence, ajoute-t-il, entre signifier et démontrer ; l’existence, dit-il, est toujours signifiante encore qu’elle ne prouve jamais rien ; le but de l’écrivain, c’est de la donner à voir en la recréant avec des mots ; il la trahit, il l’appauvrit, s’il n’en respecte pas l’ambigüité. » (La force de l’âge)

 

 

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