L’homme surnuméraire ***

homme surnuméraire

« L’homme surnuméraire » de Patrice Jean est paru en 2017 aux éditions rue fromentin… ‘Surnuméraire’ : individu excédentaire, homme dont la présence ou l’absence ne ferait pas vraiment de différence. Et pourtant, cette absence d’utilité effective en fait un témoin lucide de notre époque; ces hommes (et femmes) surnuméraires ne seraient-ils pas au contraire les indispensables poils à gratter d’une société trop conformiste ?

L’histoire

Serge le Chenadec est l’homme surnuméraire. Méprisé par sa femme, ignoré par ses enfants, il sombre peu à peu dans la dépression et part finalement se reposer chez ses parents. Il y retrouve une ancienne camarade de classe devenue femme de ménage, Chantal Beuchet.
En parallèle on suit les errements du narrateur, Clément, qui après avoir longuement vécu dans une oisiveté bienheureuse, se décide finalement à collaborer avec une maison d’édition qui s’enorgueillit de sortir une collection d’ouvrages ‘pasteurisés’, c’est-à-dire expurgés de tout passage déviant un tantinet de la morale ambiante.
Il va sans dire que Serge et Clément, frères d’infortune, finiront bien par se rencontrer – mais dans une autre dimension.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Les anti-héros ont souvent un fort potentiel comique, tant ils semblent démunis face aux vicissitudes de l’existence, et Serge, comme Clément, m’ont émue et m’ont fait rire ; mais l’humour ici est le masque aimablement placé sur une critique acide de notre société contemporaine, égoïste et ultra-pragmatique, vue au travers du prisme du milieu de l’édition. Aucun personnage n’échappe finalement aux petites doses de vitriol savamment dispensées par l’auteur, qui en cours de route égare son lecteur avec une mise en abyme inattendue, avant de l’entraîner dans un final fellinien. Une farce cruelle, mais immensément drôle.

Poursuivre la déambulation

Si vous aimez les héros un peu déglingués, je vous recommande vivement la lecture de ‘Karoo’ de Steve Tesich (édité chez Monsieur Toussaint-Louverture et Points) ; tout comme Clément dans « L’homme surnuméraire », il est amené à remanier les grands textes pour les aseptiser ! Ses divagations alcoolisées le mènent dans des situations absurdes et hilarantes, qui sont aussi l’occasion pour l’auteur de dresser un portrait critique de la société du spectacle aux Etats-Unis.

Extrait

‘Après s’être déprécié pendant des semaines, par un tour bien naturel, Serge s’en prit à l’humanité, par réflexe de survie d’abord, et par lucidité accrue ensuite. Sa proscription de la vie courante ( le mariage, les enfants) lui avait, peu à peu, dessillé les yeux, il était en dehors de tout, dans les marges de l’existence, comme un qui ne participe plus.’

‘A ce stade de la déréliction, il n’était plus très loin de la lecture, ni de la littérature, cette plaisante retraite des bannis de l’existence.’

‘Tous ses propos me réduisaient à la taille d’un lilliputien, d’un homme qui ne sert à rien, d’un parasite.’

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s