Etranger résident***

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Producteur, réalisateur, fondateur du groupe MK2, Marin Karmitz expose une partie de sa collection personnelle (environ 400 œuvres) à la Maison Rouge, jusqu’au 21 janvier. A l’instar du titre de l’exposition, Marin Karmitz se définit lui-même comme un ‘étranger résident’ (terme emprunté à l’Ancien testament). C’est aussi un homme de cinéma qui, tardivement, s’est pris de passion pour la photographie et sans l’intention de constituer réellement une collection, s’est laissé guider dans ses choix, au fil des années, par ses coups de cœur et ses affinités avec l’univers de certains artistes.

L’histoire

Né en 1938 en Roumanie, Marin Karmitz débarque à Nice avec sa famille à l’âge de 10 ans. Il fait des études à l’IDHEC et débute en temps qu’assistant réalisateur, puis réalisateur. A partir des années 70, il devient producteur : il accompagne Godard, Chabrol, Ken Loach, Resnais, Doillon, Klapish, Kieslowski, Kiarostami, Assayas pendant plus de trente ans. Pour cette exposition, il a considéré l’espace de la Maison rouge comme un plateau de cinéma, il s’agissait pour lui de remettre ses photos dans un ordre cohérent avec son histoire personnelle, mais aussi avec l’Histoire du XXème Siècle.

Pourquoi le voir

La scénographie est particulièrement soignée et originale, on passe de quelques vastes salles à un couloir obscur, éclairé seulement par la lumière émanant de sept ‘cellules’ (évocation de la fête juive d’Hanoucca). Les photographies présentées sont majoritairement en noir & blanc, avec une prédominance de portraits, témoignant de la misère humaine, de l’émigration, de la guerre : j’ai énormément aimé le travail de Lewis Hine, Gotthard Schuh, Roman Vishniac, Dave Heath, Gordon Parks – malgré l’incroyable diversité des photographes représentés, il émane de l’exposition une grande homogénéité. Puis l’espace s’élargit sur des pièces d’art contemporain, et je vous recommande de terminer votre visite par une longue méditation devant le merveilleux ‘Animitas Blanc’, œuvre de Boltanski réalisée spécialement pour cette exposition.

Poursuivre la déambulation

Le drame du déracinement, de la déportation a été évoqué à de nombreuses reprises. Je voudrais à ce propos mentionner un film estonien, sorti en 2015, ‘Crosswind’ de Martti Helde, qui fait entendre, au travers de ses lettres à son mari, la voix d’une jeune mère envoyée dans un camp en Sibérie; les textes résonnent avec les images, véritables ‘tableaux vivants’ de personnages immobiles autour desquels la caméra tourne. A mi-chemin entre cinéma et photographie, scandé par la lecture des lettres, ce film, tout comme l’exposition ‘Etranger résident’, nous incite à réfléchir à l’importance de l’Histoire et de la mémoire.

Extrait

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