Edition spéciale : Jean Echenoz ***

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40 ans !…Encore quelques jours pour célébrer l’anniversaire du Centre Pompidou, qui coïncide peu ou prou avec les 40 ans de carrière de Jean Echenoz. Pour l’occasion, une exposition intitulée ‘Roman, Rotor, Stator’ lui est consacrée jusqu’à début mars 2018 au cœur de la BPI…Oui ! Vous avez bien lu : une expo sur un écrivain ! Saluons cet évènement rarissime, qui donne envie de repartir en voyage dans l’œuvre singulière de Jean Echenoz. D’ailleurs, le planisphère à l’entrée de l’exposition, qui retrace tous les itinéraires des personnages d’Echenoz à travers le monde, nous y invite !

L’histoire

Jean Echenoz a publié 17 livres, principalement des romans, dont ‘Cherokee’ ( prix Médicis 1983), ‘Je m’en vais’ ( prix Goncourt 1999), mais aussi ‘Le Méridien de Greenwich’, ‘L’équipée malaise’, ou dernièrement ‘Envoyée Spéciale’. Il est aussi l’auteur de biographies ‘imaginaires’ ( ‘Ravel’, ‘Courir’, ‘Des éclairs’), et d’un récit, ‘Jérôme Lindon’, qui relate ses relations avec son éditeur. Personnage discret, qui se dit plutôt solitaire, Jean Echenoz a construit au fil des années une œuvre très cohérente, qui détourne les codes des formes littéraires traditionnelles (aventure, espionnage, biographie).

Pourquoi le lire

Si vous ne connaissez pas les livres de Jean Echenoz, je vous recommande de commencer tout simplement par son dernier livre, ‘Envoyée Spéciale’, qui vous propulsera de la Creuse à la Corée du Nord, et vous enchantera par son humour et son style ciselé. Ensuite, il vous faudra remonter le temps, et lorsque vous arriverez aux romans publiés dans les années 80 (‘Le méridien de Greenwich’ ou ‘Cherokee’), vous constaterez rétrospectivement le chemin parcouru par l’auteur.
J’ai lu quelques-uns de ses ouvrages, et on y retrouve un certain nombre de caractéristiques communes, parmi lesquelles :  l’importance de la géographie et l’imbrication des espaces, souvent dépeints de façon très précise; des personnages un peu paumés, dont la tenue vestimentaire est méticuleusement décrite, qui suivent un itinéraire confus, ou dont les intentions sont floues; et surtout une distanciation, une grâce simple et fluide dans le style, qui rend les textes à la fois aériens, poétiques, et souvent très drôles (les zeugma y sont légion). Jean Echenoz incarne ainsi une forme d’élégance décalée et pétillante, à l’image de sa maison d’édition depuis toujours, Les Editions de Minuit.

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Poursuivre la déambulation

Pour ceux qui auront la chance de visiter l’exposition, il vaut mieux être déjà un peu familier avec son œuvre. Le titre ‘Roman, Rotor, Stator’, fait référence au mouvement, à la dynamique de l’action (Rotor), souvent circulaire chez Echenoz, de sorte que l’on revient la plupart du temps à son point de départ, tandis que Stator, principe statique, évoque la permanence des thèmes. L’exposition empreinte ainsi un parcours concentrique, afin de livrer certains secrets de fabrication: elle dévoile la documentation précise (photos, images) servant à fixer le cadre des romans, les 35 fiches avec codes couleurs découpant le plan de ‘Cherokee’ presque comme un storyboard, puis nous fait entendre la voix d’Olivier Cadiot qui lit ‘Ravel’…autant de découvertes intéressantes et émouvantes, qui donnent envie d’aller plus loin dans la lecture des œuvres de Jean Echenoz.

Extrait

 » Un seul coup part alors du fusil d’artillerie : une balle traverse douze mètres d’air à sept cents d’altitude et mille par seconde pour venir s’introduire dans l’œil gauche de Noblès et ressortir au-dessus de sa nuque, derrière son oreille droite et dès lors le Farman, privé de contrôle, reste un moment sur son erre avant de décliner en pente de plus en plus verticale, et Charles, béant, par-dessus l’épaule affaissée d’Alfred, voit s’approcher le sol sur lequel il va s’écraser, à toute allure et sans alternative que sa mort immédiate, irréversible, sans l’ombre d’un espoir. » (14)

« Indolent et familier, inverse du baobab – ou sans chercher si loin, du simple cyprès- il était plus que tout autre démuni de dimension tragique, sauf quand une automobile s’écrasait contre son tronc, seule occasion de drame pour le platane, mais qui accentuait plus encore son statut d’arbre humain à l’extrême, socialisé jusque dans l’accident ». (Le Méridien de Greenwich)

« Et tant mieux, vraiment, car rien n’est ennuyeux comme les récits de rêve. Même s’ils ont l’air à première vue drôles, inventifs, ou prémonitoires, leur prétention de film à grand spectacle est illusoire, leurs scénarios ne tiennent pas debout (…). A de nombreux égards, le rêve est une arnaque. » (Envoyée Spéciale).

 

Une réflexion sur “Edition spéciale : Jean Echenoz ***

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