Tristesse de la terre ***

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Eric Vuillard a remporté le prix Goncourt 2017 avec « L’ordre du jour »; je vous invite à découvrir « Tristesse de la terre », un texte très court (mais intense !), paru en 2014, qui a reçu le prix Joseph Kessel, et dont la beauté vous bouleversera.

L’histoire

À la fin du XIXème siècle, Buffalo Bill a l’idée de créer un spectacle mettant en scène les Indiens et les soldats de l’armée américaine, dans des simulacres de batailles : le Wild West Show est né et remporte un tel succès que bientôt, on organise des tournées aux Etats-Unis et  dans toute l’Europe. Le grand chef indien, Sitting Bull, y fait des apparitions. Buffalo Bill connaît quelques années de triomphe, mais d’autres formes de divertissement se développent et viennent le concurrencer.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Pour écrire ses livres, Eric Vuillard part de documents d’époque et extrapole la trame narrative ; dans « Tristesse de la terre », ce sont notamment des photos qui lui servent de guide. Le récit de la vie de Buffalo Bill est un terreau fertile pour aborder une série de thématiques passionnantes et parfois poignantes : l’extermination des Indiens, le pouvoir du spectacle, la ré-écriture de l’histoire par la fiction. J’ai été particulièrement touchée par le personnage de Sitting Bull, et impressionnée par les intuitions et l’ambition de Buffalo Bill. Le style est limpide, précis, magnifique. Le plaisir de lecture est constant, de la première à la dernière page !

Poursuivre la déambulation

La vie et les croyances des Indiens d’Amérique est un thème que j’affectionne particulièrement. Je vous recommande la lecture palpitante de ‘Bison’ de Patrick Grainville (paru au Seuil en 2014), qui retrace l’histoire de George Catlin, un peintre qui a vécu plusieurs années parmi les Sioux. Et pour ceux qui ne le connaissent pas encore, il faut lire le texte extraordinairement émouvant du discours de Seattle, chef indien, adressé au gouverneur Stevens en 1854 –   c’est ici  .

Extrait

« Le spectacle nous dérobe et nous ment et nous grise et nous offre le monde sous toutes ses formes. Et, parfois, la scène semble exister davantage que le monde, elle est plus présente que nos vies, plus émouvante et plus vraisemblable que la réalité, plus effrayante que nos cauchemars. »

« Et enfin, ayant traîné son chagrin et sa gloire tout au bout de la terre, jusque devant le Colisée, là où Néron fit martyriser les chrétiens, Buffalo Bill demanda l’autorisation d’y monter son spectacle. On la lui refusa. Ironie du sort, le Colisée n’était pas assez grand. »

« Et ceux-là, sur cette photographie, ils n’ont plus de chez eux, et plus beaucoup de souvenirs.Pour eux, ce n’est pas seulement une hypothèse. Regardez mieux. Oui, vous les connaissez, vous les connaissez même très bien, vous les avez vus cent fois, deux cents fois. Oh bien sur, ce ne sont pas tout à fait les mêmes, pas tout à fait eux, et cependant, si vous regardez bien, vous les avez déjà vus.

3 réflexions sur “Tristesse de la terre ***

  1. Ta critique me donne envie de lire ce livre de Vuillard ! un auteur que j’apprécie beaucoup et qui écrit magnifiquement sur l’histoire. Je le note pour mes prochains achats 🙂 Je suis comme toi, j’adore les livres sur les Amérindiens. Joseph Boyden,.. c’est tout ce que j’aime dans le plaisir de lire par exemple. Bonne soirée et merci pour ce beau partage 🙂

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