La Tour abolie *

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« La Tour abolie », le nouveau roman de Gérard Mordillat paru chez Albin Michel, se déroule dans une tour de la Défense, dont les étages supérieurs sont occupés par une entreprise, Magister, et les parkings et sous-sol par les laissés-pour-compte, SDF, junkies. Inévitablement, ces deux mondes qui coexistent vont finir par s’entremêler, se confronter, dans cet univers clos de la Tour, symbole de l’ordre social de nos sociétés occidentales.

L’histoire

Le livre s’ouvre sur l’inauguration de la tour par le ministre de l’Industrie; les dirigeants de la société Magister qui occupe les lieux, sont déjà en train de préparer un plan social et d’envisager la fermeture du self, pour réaliser des économies. Nelson, du service ‘Habitations’ est licencié, sa femme le quitte, et commence pour lui une déchéance rapide qui le mènera dans les sous-sol de la Tour, sans pour autant avoir clairement conscience qu’il s’agit de son ancien lieu de travail.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

J’étais intéressée par cette thématique du microcosme de la Tour, vision verticale de la société, mais j’ai été un peu déçue, j’espérais plus de complexité, plus d’originalité dans le scénario. De fait, on suit en parallèle, avec des changements de style récurrents, les démélés des différents protagonistes; certains sont touchants, comme Peggy la réceptionniste (en ‘haut’ le jour, en ‘bas’ la nuit), ou le malheureux Nelson, ou encore Solo, l’artiste des sous-sols . J’ai trouvé ce roman très sombre, car finalement aucun des personnages n’est vraiment exempt du malheur, de la souffrance, de la solitude, de la frustration. J’ai regretté que certaines situations ne soient pas vraiment crédibles. Mais malgré ces imperfections, gageons qu’après la lecture, vous garderez tout de même en vous l’empreinte de ce livre, et que peut-être, votre regard sur les exclus (et les inclus) du système aura un peu changé.

Poursuivre la déambulation

Le monde implacable de l’entreprise et les souffrances individuelles qui en découlent font régulièrement l’objet de fictions le plus souvent poignantes. Dans « Les Heures souterraines » (adapté à la télévision  par Philippe Harel), Delphine de Vigan brosse le portrait de deux êtres broyés, solitaires et perdus dans l’anonymat de la ville. « Nous étions des êtres vivants » de Nathalie Kuperman prend le parti d’alterner témoignages individuels et pensée collective des employés confrontés à la revente de leur entreprise.

Extrait

« Nelson se laissa couler sans tenter de surnager.
Il ne se rasa plus, ne se lava plus, ses cheveux et sa barbe poussèrent, sales et drus. Sur la poubelle d’une résidence il ramassa un vieux caban de quartier-maître qu’il enfila par-dessus sa veste. Un costume marin qui lui valut rapidement le surnom de l’Amiral quand il déclina son nom aux bénévoles qui distribuaient des repas le soir, près du canal. »

« A grand gestes, Solo inventa un paysage de lames tourmentées, bloqua l’horizon de larges taches brunes, arma les nuages de pics et de pointes qui déchiraient le ciel. Quand le mur fut couvert de peinture dégoulinante, Solo s’arrêta brusquement et resta stupéfait devant son œuvre. C’était méga ! Son sexe étarquait son pantalon. La peinture le faisait bander. »

« Elle avait trop la haine. Elle chialait. Elle snifait. Céfran de merde. Elle voulait se défoncer fissa. Elle fendit le béton. Bam bam bam, porte en fer. Fracture/ouverture. Ca craignait de l’autre côté. Merdes sèches, bouts de ferraille corrodés, ordures croupissantes. Silence partout. Saphir godilla. »

 

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