Zéro K **

P_20171031_124538

« Zéro K » de Don DeLillo aborde le thème du transhumanisme, et par ce biais, renvoie le lecteur aux questions essentielles du sens de la vie, de l’éthique, du pouvoir de l’argent, de l’inéluctabilité de la mort. Dans l’antichambre labyrinthique de la cryogénisation, on est déjà dans l’inconnu, on croise des scientifiques, des simili-religieux, des ‘accompagnants’, tous dénués d’empathie, comme robotisés eux-mêmes…

L’histoire

Le narrateur, Jeffrey, se rend dans un centre de cryogénisation pour assister aux derniers instants d’Artis, sa belle-mère gravement malade, en compagnie de son père, Ross. Ross est un homme puissant, richissime, amateur d’art, mais il est brisé par le ‘départ’ d’Artis. Jeffrey, lui, cherche depuis toujours à échapper au modèle paternel, se souvenant plus volontiers des moments passés avec sa mère et adoptant un mode de vie solidement ancré dans le présent.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Oubliez que c’est un roman ! Et considérez plutôt Zéro K comme une création d’art contemporain, avec ses aspects familiers et ses zones d’ombre. Certes, le pari de l’immortalité en est le thème central, mais quelles images subsistent une fois le livre refermé ? La vision de ces corps ‘encapsulés’ et flottants, l’architecture complexe du centre, les vidéos effrayantes du monde extérieur, et surtout le monologue de la conscience d’Artis, encore un peu active – autant de pièces d’un musée imaginaire, lui même encapsulé dans le livre. Pour l’apprécier, il faut accepter de se perdre dans un univers aux contours flous, de ne pas tout comprendre, et finalement reprendre pied dans notre réalité, en savourant chaque instant de la ‘vraie’ vie.

Poursuivre la déambulation

Si vous avez apprécié « Zéro K », vous pouvez aborder avec confiance les autres ouvrages de l’auteur, ‘Body Art’ ou ‘Cosmopolis’ par exemple. Vous y retrouverez ce ton très spécifique à Don Delillo, cet univers ouaté d’où émergent des thèmes ou des questions fondamentales, sans s’encombrer de la description réaliste du quotidien.
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la cryogénisation (ou qui seraient tentés par l’expérience !), voici un lien vers un article de Sciences et Avenir (en date du 28 Novembre 2016) : S&A Cryogénisation

Extrait

« Elle parlait une sorte de langue fantôme, s’interrompait, réfléchissait, essayait de se souvenir et, quand elle revenait à l’instant présent, dans cette pièce, elle devait d’abord me remettre dans le contexte, me resituer, Jeffrey, fils de, assis en face d’elle. »

« J’aimais lire des livres qui m’écrasaient, qui m’aidaient à m’affirmer, moi, le fils qui, en lisant de tels livres, méprisait son père. »

« Les gens qui séjournent un certain temps ici finissent par découvrir qui ils sont. Non pas en consultant autrui mais par l’introspection, la révélation de soi. Une étendue de terre perdue, l’étourdissante sensation de la nature sauvage. Ces chambres, ces couloirs, le silence, cet état d’attente. Ne sommes-nous pas tous dans l’attente qu’il se passe quelque chose ? D’un ailleurs qui définira mieux notre raison d’être au monde. »

« Je ressens le temps. Je ne suis que temps. Mais je ne sais pas ce que ça veut dire.
Je suis seulement ce qui est ici et maintenant.
Pour combien de temps suis-je ici. Où est ici.
J’ai l’impression de voir ce que je dis. »

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s