Me voici *

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Jonathan Safran Foer m’avait enchantée avec ses deux premiers romans, « Tout est illuminé » (2002) et « Extrêmement fort et incroyablement près » (2005). J’ai eu vite fait d’oublier « Faut-il manger des animaux? » (2009), qui a failli me rendre totalement anorexique. Voici donc plus de dix ans que j’attendais, et enfin… »Me voici », (‘Here I am’), son nouvel opus, vient de sortir aux Editions de l’Olivier! Autant vous le dire tout de suite, c’est une grosse déception, car le livre est très inégal. Faudra-t-il patienter encore dix ans pour retrouver au meilleur de sa forme le jeune prodige américain des années 2000 ?!

L’histoire

A Washington, de nos jours, on assiste à la décomposition lente et inéluctable d’un couple juif, les Bloch. Elle découvre des messages à caractère pornographique sur son téléphone, il la soupçonne de le tromper avec un de leurs amis divorcés, Mark. Tous deux ont beau vouloir dissimuler le naufrage aux autres membres de la famille (parents, grands-parents, enfants), la mécanique des malentendus, de la suspicion et des petites phrases est enclenchée. Là-dessus, leur fils aîné Sam est accusé (à tort ?) d’avoir proféré des injures racistes, Argos le chien sème ses déjections dans toute la maison, et les cousins israéliens débarquent chez eux, alors que semble-t-il on est au bord du conflit mondial, suite à un séisme qui a touché le Moyen-Orient…

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Ce livre repose énormément sur des dialogues, qui, loin d’être désopilants, traînent en longueur, on n’en finit pas de couper les cheveux en quatre. Voulant rester fidèle à mon parti-pris positif et enthousiaste, j’ai tout de même trouvé dans ces 740 pages quelques excellents passages humoristiques ou émouvants (si). Je pense en particulier à la séquence durant laquelle le père, Jacob, a accidentellement dégommé l’avatar de son fils dans un jeu vidéo, et essaie désespérément de le ressusciter; ou encore lorsque les parents répètent entre eux la façon dont ils vont annoncer leur séparation à leurs enfants. J’ai bien aimé aussi le choc des cultures entre cousins juifs d’Amérique et d’Israël.

Poursuivre la déambulation

Pour poursuivre, j’ai sélectionné deux gros romans foisonnants qui, comme « Me voici », font surgir des dizaines de ‘micro-histoires’ au sein l’intrigue principale.
J’ai découvert il y a quelques mois « L’apprentissage de Duddy Kravitz » de Mordecai Richler, un roman de 1959 réédité récemment (aux Editions du sous-sol). Il y est question du parcours initiatique d’un jeune garçon juif de Montréal, prêt à tout pour posséder et faire fructifier des terrains autour d’un lac. Et j’ai lu aussi « Le séducteur » de Jan Kjaerstad (publié chez le cultissime Monsieur Toussaint Louverture): on part sur les traces du personnage principal, Jonas Wegerland, à la rencontre de personnages assez truculents plongés dans des situations (vraiment) drôles.

Extrait

« – Bon, dit Julia. Comme vous le savez sans doute, je suis la mère de Sam. Il m’a été demandé de ne pas trop en faire, alors j’irai droit à l’essentiel. D’abord, je veux que tout le monde sache que je suis trop jouasse d’être ici avec vous .
Sam ferma les yeux, avec la furieuse envie de se défaire du concept de la permanence de l’objet.
– Ca va être intéressant, stimulant et superchouette
Julia vit que Sam avait les yeux fermés, sans comprendre ce qu’elle avait fait de mal. »

« Tout le monde fut ému, et tout le monde fut persuadé qu’être ému était l’ultime expérience esthétique, intellectuelle et éthique. »

« Quelqu’un devait veiller le corps jour et nuit entre le décès et l’enterrement. La synagogue avait des volontaires pour cela, mais au fil des jours, l’enthousiasme pour le baby-sitting d’un cadavre s’émoussa, et cette responsabilité échut de plus en plus souvent aux Bloch. Et à cette responsabilité s’ajoutait celle de divertir les Istraéliens… »

« Les enfants enterrent leurs parents morts, parce que les morts ont besoin d’être enterrés. Les parents n’ont pas besoin de faire venir leurs enfants au monde, mais les enfants ont besoin d’en faire sortir leurs parents. »

 

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