Sigma ***

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On dira que « Sigma », de Julia Deck, est un roman d’espionnage, comme peut le laisser penser la citation de John Le Carré, en épigraphe de l’ouvrage. Oui !… mais ‘pas que’! Julia Deck jongle brillamment avec les genres littéraires, du discours scientifique à la pièce de théâtre, et distille tout au long du récit des petites doses d’humour et de suspense…jusqu’au ‘twist’ final !

L’histoire

Elvire Elstir, qui est galeriste, cherche à retrouver le tableau disparu d’un artiste, Konrad Kessler. Elle a de bonnes raisons de penser qu’il se trouve caché dans la résidence d’un riche banquier, Zante, et met tout en œuvre pour y accéder. Elvire, Zante, mais aussi Pola, la sœur actrice d’Elvire et Lothaire, son scientifique de mari, ont des assistants personnels qui les suivent en permanence et agissent en fait en temps qu’informateurs pour le compte d’une mystérieuse organisation de contrôle, Sigma.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

« Sigma » est un roman plutôt court (234 pages), mais il offre de nombreux niveaux de lecture. Rien n’est laissé au hasard, ni la localisation géographique (la Suisse, pays neutre, riche, et policé), ni le choix des noms ou des professions des protagonistes. Le livre est en fait la retranscription des rapports des assistants vers l’organisation ‘Sigma’; chacun d’eux forme un étrange ‘couple’ avec la personne observée, ce qui donne lieu à un jeu subtil d’influence entre ‘maître et serviteur’, l’organisation Sigma venant parfois régler de façon définitive ce qu’elle considère comme des débordements émotionnels regrettables de la part de ses espions. Voici donc une histoire qui interroge le statut de l’art et son pouvoir de subversion, mais aussi ses rapports parfois ambigus avec le pouvoir, l’argent et la politique.

Poursuivre la déambulation

La lecture de « Sigma » m’a vraiment rappelé « Envoyée spéciale », de Jean Echenoz, dont le style épuré et parfaitement maîtrisé sert une histoire d’espionnage vraiment très drôle. Quant à l’organisation Sigma, elle a certainement une parenté lointaine, un lien secret avec le ‘CFR’ de la célèbre trilogie d’Antoine Bello. Côté cinéma,  on retrouve dans « Sils Maria » , d’Olivier Assayas, des points communs avec « Sigma » : en effet, le film, qui se déroule en Suisse, est centré sur la relation entre une actrice et sa jeune assistante personnelle (Juliette Binoche et Kirsten Steward ).

Extrait

« Le sourire de la lune, Curzio ? Je ne comprends pas pourquoi tu m’as dit de dire ça. Je ne comprends pas pourquoi tu veux à tout prix me faire passer pour une cruche. J’aimerais parler d’art, de littérature, et tu me fais raconter que je bouffe des légumes. »

« Pour information, nous avons temporairement réaffecté l’agent Bobillard à nos services administratifs. Cette excellente professionnelle supporte mal le désoeuvrement. Nous lui avons donc confié l’archivage de l’opération Boulmer, close en février dernier après que l’homme d’affaires, égaré dans l’alcool et les pratiques érotiques non conventionnelles, eut été rappelé à son devoir par le truchement de nos services. »

« En raison de sa portée séditieuse, l’œuvre manquante de Konrad Kessler doit absolument s’inscrire dans le parcours ritualisé d’une exposition de peinture. Assortie d’une documentation pédagogique mesurée, elle fera ainsi figure de produit culturel c’est-à-dire peu ou prou d’objet de décoration, et ne risquera plus de perturber l’esprit des spectateurs. »

 

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