Le songe du photographe **

P_20170910_093352« Le songe du photographe » est le septième roman de Patricia Reznikov. L’auteur y restitue notamment des évènements ayant marqué l’histoire de l’Europe Centrale au XXème Siècle, au travers du témoignage de ses personnages. L’originalité du récit vient des références multiples à des photographes et à des clichés ; il est vraiment dommage que certaines ne figurent pas dans l’ouvrage !

L’histoire

Joseph est un adolescent parisien qui vit dans l’indifférence de ses parents, et dans la crainte de son frère aîné. Un jour, par hasard, il rencontre un groupe d’amis émigrés qui l’accueillent chez eux avec chaleur et bienveillance; Sandor, Sergueï, Magda, Dorika et Angel forment une communauté disparate, joyeuse et désespérée, gourmande et cultivée. Sandor entreprend d’initier le jeune garçon à la photographie.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

J’ai trouvé la première partie du livre assez conventionnelle, et un peu trop binaire, les deux univers (famille d’origine versus famille ‘d’adoption’) me semblant finalement assez caricaturaux. Mais la seconde partie réserve de très bons passages: le passé douloureux des amis y est progressivement dévoilé, révélant la part sombre de ces êtres blessés mais ô combien résilients, solidaires, et joyeusement foutraques. Le personnage de Joseph s’épaissit, car il traverse lui aussi des épreuves. Etant moi-même profondément attachée à l’Europe Centrale, je l’ai suivi avec émotion dans les rues de Budapest et de Vienne, à la recherche des vestiges de la vie passée de ses amis.

Poursuivre la déambulation

Par sa trame, ce roman nous rappelle bien sûr le « Club des incorrigibles optimistes » de Guenassia. Un peu moins connu peut-être, « Sombre dimanche » d’Alice Zeniter nous raconte le parcours d’une famille hongroise à Budapest, entremêlant les destins individuels et les tourments de l’Histoire.
A la fin du « Songe du photographe », il est amplement question du livre-culte de Roland Barthes sur la photographie, « La chambre claire », et par curiosité, on est tenté de lire ou relire ce texte, et de re-découvrir les photos citées en exemple par l’auteur.

« Une photo m’arrêta » (R.Barthes)

Joseph en fait mention dans le roman de Reznikov : voici une photo du Mémorial, des ‘chaussures’ disposées sur le bord du Danube, en souvenir du massacre des juifs à Budapest pendant la Seconde Guerre Mondiale.

le songe photographe chaussures budapest

 

Extrait

« Sans eux, sans leur extraordinaire talent pour inventer la vie, tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il vente, que les nouvelles soient bonnes, ou non, malgré les blessures, je ne serais rien. Ils m’ont permis de m’abreuver à la source même de leur humanité. »

« Quant à moi, inexistant, j’étais à la fois le souffre-douleur de mon frère et l’élément neutre de la famille, ne reflétant aucun désir mais aucun véritable rejet, l’enfant transparent dont on oubliait souvent l’anniversaire, celui qui s’élevait tout seul, qui passait entre les mailles du filet pour peu qu’il prenne soin d’échapper à la tentation paternelle froide et abstraite d’anéantissement, un enfant qui n’était jamais vraiment arrivé dans la famille, un étranger au trio passionnel et originel, et qui en était d’une certaine manière déjà parti. »

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