Les huit montagnes ***

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Paolo Cognetti s’est isolé dans les montagnes italiennes depuis près de dix ans et il a écrit ce très beau livre, qui a remporté les prix Strega et Strega Giovani 2017 (l’équivalent du Goncourt), et qui est actuellement en lice pour le prix Femina, catégorie ‘romans étrangers’. Il s’agit de l’histoire toute simple d’un quatuor : le narrateur, son père, son ami Bruno, et…la montagne.

L’histoire

Pietro, qui habite à Milan, passe ses étés à Grana, un petit village de montagne. Il se lie d’amitié avec un garçon du coin, Bruno; les voici tous deux en train d’escalader les sommets, entraînés par le père du narrateur. Mais ce que Pietro préfère, ce sont les torrents et les forêts – une autre montagne, moins exigeante, plus accueillante. Devenu adolescent, il refuse de suivre son père dans la rocaille et sur les glaciers. Pietro et Bruno se séparent, s’éloignent, puis se retrouvent, tout au long d’une amitié de trente ans, parfois un peu tumultueuse, mais indéfectible, et indissociable de la montagne.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Derrière une apparente simplicité de l’intrigue, et un grand classicisme du style, ce roman aborde en fait nombre de thèmes universels (les relations père-fils, l’initiation, l’amitié, la symbiose avec la nature) ou même d’actualité (la désertification des montagnes, les difficultés économiques). J’ai aimé en particulier les petits cristaux de poésie pure, que l’auteur distille tout au long du récit, tels les indices laissés par le père et découverts bien plus tard par le fils. J’ai été touchée bien sûr par la portée philosophique de la légende des huit montagnes, ce récit lumineux invite à la méditation.

Poursuivre la déambulation

La démarche de Paolo Cognetti, cette volonté de couper les liens avec un monde en ébullition et hyper-connecté, aurait évidemment trouvé toute sa place dans le petit livre ‘Eloge de la fuite hors du monde’, chroniqué récemment sur ce blog !
Sur le thème de la relation père-fils, je vous invite à découvrir à la Maison Européenne de la Photographie l’exposition ‘Affinités’, mettant en parallèle les travaux de Richard et Pablo Bartholomew, père et fils, tous deux photographes.

Extrait

« Mon père avait une façon bien à lui d’aller en montagne. Peu versée dans la méditation, tout en acharnement et en bravade. Il montait sans économiser ses forces, toujours dans une course contre quelqu’un ou quelque chose, et quand le sentier tirait en longueur, il coupait par la ligne la plus verticale. Avec lui, il était interdit de s’arrêter, interdit de se plaindre de la faim, de la fatigue ou du froid, mais on pouvait chanter une belle chanson, surtout sous l’orage ou en plein brouillard. »

« J’observais ce qui restait des maisons et tentais d’en imaginer les habitants. Je ne parvenais pas à comprendre qu’on puisse choisir de faire une vie aussi rude. Quand j’interrogeai mon père, il me répondit comme d’habitude, par une énigme : comme s’il ne pouvait jamais me donner la solution mais seulement quelques indices, et qu’il n’appartenait qu’à moi d’arriver à la vérité. »

« Bruno vint me chercher au petit matin. C’était un homme que je ne connaissais plus mais qui renfermait quelque part en lui un petit garçon que je connaissais bien.  »

 

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