L’histoire de mes dents **

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C’est d’abord la couverture qui vous intriguera : « L’histoire de mes dents » de Valeria Luiselli, publié chez L’Olivier, est aisément reconnaissable aux dessins de molaires et canines surmontés du nom de leurs illustres ‘propriétaires’ (Platon, Borges…)…le contenu du livre est au diapason, décalé, hilarant, audacieux !

L’histoire

Gustavo ‘Granroute’ Sanchez est ‘le meilleur commissaire-priseur du monde’; par conséquent il peut vendre avec un bagou incroyable à peu près n’importe quoi, à commencer par ses dents, qu’il met aux enchères dans une église, en laissant croire qu’elles sont issues de bouches célèbres. Mais son fils, Siddhârta, présent lors de la vente, est déterminé à s’emparer des collections de son père.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Oublions l’Histoire, qui n’est finalement que l’objet du Livre I , et concentrons-nous sur les intitulés des livres II à VII : ‘Les Hyperboliques’, ‘Les Paraboliques’, ‘Les Allégoriques’, etc. On comprend alors qu’on est face à un brillant exercice de style, illustré dans chaque chapitre par d’innombrables petites histoires formant le tissu du roman. Certes savoureuses et souvent très drôles, ces digressions nuisent cependant un peu à la cohésion de l’ensemble. Par ailleurs, le témoignage de Gustavo, qui occupe la majeure partie du livre, laisse la place à celui de son ‘disciple’ Voragine, qui a sa propre version des faits, et finalement à l’auteur, qui dévoile encore un autre niveau de lecture. Personnellement, j’y ai vu surtout une ode fantaisiste à l’éternelle puissance des histoires.

Poursuivre la déambulation

Il est fait mention en 4ème de couverture de l’écrivain Enrique Vila-Matas, source d’inspiration pour Valeria Luiselli. Pour ma part, j’ai pensé aux oeuvres d’un autre auteur espagnol, Eduardo Mendoza, dont le roman « Les aventures miraculeuses de Pomponius Flatus », publié au Seuil en 2009, m’avait frappé aussi par son originalité et sa liberté de ton. Découvrez enfin un autre petit bijou d’humour, d’absurdité et d’impertinence, « La vie et les agissements d’Ilie Cazane » de Razvan Radulescu, publié chez Zulma en 2013.

Extrait

« Je n’étais qu’un modeste vendeur d’objets, mais d’abord et avant tout un amoureux et un collectionneur de bonnes histoires, ce qui est la seule méthode honnête pour modifier la valeur d’un objet. Fin de déclaration. »

« Lot hyperbolique n°10
Notre dernier lot, mesdames et messieurs, est une molaire. Son propriétaire marche encore sur cette terre avec la parcimonie d’un animal mythologique et l’esprit affranchi d’un éternel fantôme. La dent appartenait à M. Enrique Vila-Matas, et avant d’exister elle fut écrite. »

« Par exemple, je peux vous vendre aux enchères mon nom. J’ai rassemblé six homonymes. J’intitule la série ‘Gustavos circulaires’ car ils doivent être vendus par le truchement de circonvolutions énigmatiques, comme les épithètes et les périphrases de Statius. »

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