Face au Styx ***

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« Face au Styx » de Dimitri Bortnikov, publié chez Rivages, est vraiment un récit inclassable; il se lit, il se déclame, il se fait aimer ou détester au fil de ses 750 pages…en tous cas il est à consommer, comme la vodka, avec modération !…ce qui fait durer le plaisir d’une lecture exigeante qui divague entre trivialité et pure poésie !

L’histoire

Le narrateur, Dimitri, émigré russe à Paris, raconte ses aventures et ses rencontres. Sur son chemin, la séparation ou la mort l’attendent à chaque carrefour, dans des circonstances parfois dramatiques…il convoque son passé, se replonge dans ses souvenirs d’enfance, évoque sa grand-mère, Babanya, son pépé Jo, son ami bossu surnommé ‘Gibbeux’ – tous disparus.

Et je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, car on n’est pas là pour spoiler.

Pourquoi le lire

Attendez-vous à découvrir un style tout à fait hors-du-commun : Bortnikov fait fi des majuscules en début de phrase, multiplie les points d’exclamation, les néologismes savoureux (‘dimitreries’, ‘toi-moi’), les métaphores loufoques. Dans cet univers si sombre, face au Styx, il y a des éclats de rire et de poésie pure ; on ressent à la lecture des émotions brutes, passant des larmes, au dégoût, à l’hilarité. Prenez surtout votre temps pour savourer cette langue, ces références érudites et cette atmosphère tellement empreintes de l’âme russe !

Poursuivre la déambulation

Pour poursuivre, il faut nécessairement se plonger dans le meilleur de la littérature russe, en ne conservant que les plus dingues, à commencer par le magistral « Maître et Marguerite » de Boulgakov, ou encore le vertigineux « Roman avec cocaïne » de M. Aguéev.
Si l’on revient en littérature française, on pense bien sûr à la langue rocailleuse de Céline dans « Voyage au bout de la nuit ».
Et puis, on pourrait tout à fait imaginer l’adaptation de ce texte au théâtre, avec l’auteur lui-même pour le déclamer…

Bonus : rencontre avec l’auteur

J’ai eu la chance de rencontrer Dimitri Bortnikov à deux reprises, une première fois lors de la Nuit de la Lecture (à la librairie du Globe à Paris), et la seconde au Festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo. Lorsqu’ensuite j’ai lu son livre, j’avais l’impression de l’entendre parler ! On sent une personnalité hyper-sensible, qui aussi se protège avec un humour incroyable :  » 3000 pages, si ça vous tombe des mains, vous êtes vraiment cul-de-jatte ! » Il croit au destin – souhaitons-lui bonne route sur le difficile chemin de la création littéraire.

Extrait

« Mais quoi les Russes ? on est pas assez débiles sentimentaux pour vous ?! pépé Jo ! regarde celle-là ! si on a survécu à Lilith – on est condamné à Eve ! »

« Ma famille et nos fêtes et rêveries à la gueule ouverte pleine de mouches qui copulent, et soleil, et les nuages gonflés comme des braguettes. journées d’automne, journées de cristal quand l’hiver retient son souffle et puis – moissons d’âmes, mains gelées, et on s’écroule et on roupille comme la hache sur le billot, journées fraîches et nuits qui rallongent…et on voit à travers ces journées de rubis – forêts rouges et vermeil, forêts or ! ça ne dure qu’une semaine, oui, semaine sainte du Nord ! même aux enfers y en a une ! semaine, quand l’hiver éternel cherche sa nappe ! matins au ventre couleur grenade comme les bouvreuils en janvier, couchers et aubes saphir ! mon sang ! les journées pour renaître sans mourir. »

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